Simon et Lula

par Angelene

***

Note de l'auteur : cette fic se situe dans le courant de la saison 2 de Largo Winch. Environ un mois ou deux après la rupture de Largo et Joy. La fin n'est pas terrible, mais je suis nulle en fin: c'est vrai, quoi, les personnages de Largo Winch, on n'a pas envie de les quitter! Puisqu'on parle des personnages, ils ne m'appartiennent pas du tout, sauf Lula, Smiley, Valene et Fung Chow. Quant à Alain Patrick Tensgué Tsengué, c'est un pote à moi...
Alors voilà, je remercie tous ceux qui lisent mes fics et qui m'encouragent... Et bonne lecture!

***

Groupe W
18 septembre
10h14

Simon ouvrit les yeux péniblement et sa première pensée alla vers cet horrible réveil matin à la sonnerie stridente que Joy avait eu la bonne idée de lui offrir pour son anniversaire. Tout en étouffant un grognement, il saisit l'irritante machine et la fit valdinguer à travers toute la pièce. Ce qui ne l'empêcha pas d'émettre ses bips atroces et incessants. La mort dans l'âme, Simon dut se résoudre à se lever pour éteindre l'alarme infernale. Une fois debout il s'étira, ses muscles étant tout endoloris par la nuit agitée qu'il avait passée en boîte à danser avec de jolies demoiselles.
Tandis qu'il prenait sa douche et se préparait pour descendre au bunker et travailler, Simon essayait sans succès de se rappeler le nom de la petite brune qui l'avait allumé la veille au soir. Il avait noté son numéro sur sa main, mais était incapable de dire comment elle s'appelait.
"Tant pis..."
Il haussa les épaules et effaça le numéro avec du savon. De toute façon, les jolies filles, il en rencontrait par pelletées, sans arrêt. Une de plus ou de moins...
Tout en prenant l'ascenseur qui descendrait jusqu'au bunker, Simon soupirait, pensif. Si le jeune homme aimait sa vie de fêtard, insouciant, qui vit au jour le jour, il y avait des moments, comme ce moment-là, précisément, où cette situation lui pesait. Des moments où il voulait être pris au sérieux, des moments il n'avait plus envie d'être le bouffon de service. Des moments où il se sentait seul et aurait voulu pouvoir partager avec une femme plus qu'une nuit de folie, de danse et de débauche. Il avait envie de tomber amoureux.
En entrant dans le bunker, Simon était toujours plongé dans ses pensées. Il salua tout de même les autres membres de l'Intel Unit, déjà installés à leurs postes de travail depuis neuf heures. Largo plaisanta sur l'incapacité de Simon à respecter un horaire rigide mais il fut interrompu par Joy qui parlait d'une fuite d'informations sur un voyage que Largo devait faire en Australie le mois suivant. Sans mot dire, Simon s'installa à son poste et commença à survoler quelques dossiers. Il demanda un renseignement à Kerensky, qui froid, comme à son habitude, lui répondit méthodiquement et sans fioritures.
Simon ne lui fit aucune remarque particulière. Le Russe se montrait distant avec tous les membres de l'Intel Unit et s'amusait plus particulièrement à le martyriser, lui, mais au fil du temps une sorte de lien respectueux s'était tissé entre les deux hommes. Après tout, pensait Simon, non sans une certaine fierté, c'était lui qui avait réussi à convaincre Kerensky de revenir travailler pour le Groupe W, même s'il devait admettre que c'était en grande partie à cause de ses soupçons et de sa méfiance que ce dernier était parti. Mais cette époque était lointaine à présent, enterrée derrière eux et l'Intel Unit était redevenue cette famille soudée où plus personne n'aurait l'idée de se méfier d'un autre membre.
Même les relations entre Largo et Joy étaient revenues au point mort. Simon les observa un instant, discutant boulot, avec sérieux et détachement, faisant comme si de rien n'était, comme s'il n'y avait jamais rien eu entre eux. Simon ne pouvait pas s'empêcher de se sentir irrité lorsqu'il les observait, ces deux-là... Il était énervé contre eux parce qu'il ne les comprenait pas. Il ne comprenait pas comment on pouvait gâcher une relation qui aurait pût être si forte. Au fond, lui, il aurait aimé avoir une Joy à lui, une femme qu'il pourrait aimer et avec qui il pourrait tout partager. Il en voulait à Joy d'avoir pris cette décision et il en voulait à Largo de n'avoir rien fait pour la retenir, de continuer à s'envoyer de jolies donzelles comme si de rien n'était, comme s'il n'avait pas failli mourir de la perdre à Montréal.
Simon soupira et, ne parvenant pas à se concentrer sur son dossier, le ferma d'un geste brusque. Il allait se lever pour prendre un café, quand Largo l'interpella.
"Il est temps d'y aller Simon." Dit-il simplement.


Rafter Mall, entrepôt privé
11h12

Simon, Largo et Joy garèrent leur voiture près d'un immense entrepôt, situé à Rafter Mall, une petite ville aux abords de New York. En effet, quelques jours auparavant, Kerensky avait découvert qu'il s'agissait d'un entrepôt dans lequel Nério Winch entreposait sa collection d'art privée: des oeuvres exceptionnelles et rares qu'il se procurait plus ou moins légalement et qu'il conservait pour son plaisir personnel. En l'apprenant, Largo avait aussitôt décidé de s'y rendre pour constater par lui-même le contenu de la collection et la remettre aux musées auxquels elle revenait de droit.
En arrivant à Rafter Mall, ils furent tout de suite accueillis par le gérant de la collection, spécialiste en histoire de l'art, monsieur Smiley. Ce Smiley avait une allure étrange: petit, voûté et rachitique. Son visage, anguleux et marqué par les traits vieillissant de la cinquantaine passée, était traversé d'expressions grimaçantes et tordues qui rendaient le bonhomme assez comique. Il portait des demi-lunes vissées au bout de son nez qui grossissaient considérablement l'envergure de ses tous petits yeux de fouine, rehaussés de sourcils broussailleux et étirés, comme s'il était en perpétuel étonnement. Son crâne, protubérant et parsemé, ça et là, de quelques rares cheveux noirs, était le crâne de ces intellectuels passionnés qui passent leur temps à lire, à l'affût de la moindre trouvaille culturelle ou artistique.
"Monsieur Winch! Eclata Smiley d'une petite voix nasillarde et aiguë. Enfin vous nous rendez visite! Depuis la mort de votre père, rares sont nos visiteurs. Je croyais cet endroit enterré pour toujours...
- Je suis navré, monsieur Smiley, se concentra un Largo amusé par l'allure loufoque du gérant, mais la mort de mon père a causé de nombreux remous au sein du Groupe W et nous avons dû faire face à des crises graves.
- L'essentiel est que vous soyez là!
- Oui, à ce propos, il faut que je vous annonce que je n'ai pas l'intention de conserver la collection privée de Nério."
La nouvelle fit l'effet d'une bombe chez le pauvre Smiley.
"Quoi? Mais c'est une catastrophe! Mais c'est une catastrophe! Se mit à dire en boucle Smiley.
- Euh... commença Largo.
- Mais c'est une catastrophe! Continuait Smiley imperturbable. Vous ne vous rendez pas compte? Je travaille ici depuis dix ans! Vous ne vous rendez pas compte!"
Joy, qui voyait que Largo avait du mal à en placer une, avança d'un pas vers Smiley, d'un air menaçant et sensuel à la fois, qui attira toute l'attention de l'excentrique bonhomme.
"Monsieur Smiley, rassurez-vous, le Groupe W n'a pas l'intention de vous abandonner. Nous savons que vous êtes talentueux et professionnel et nous ne nous séparerons pas de vos services. Ils seront attribués ailleurs, c'est tout. Nous vous avons trouvé un autre poste. Alors, calmez-vous."
Smiley, hypnotisé par Joy, ne dit plus rien.
"D'accord... put-il à peine souffler.
- Monsieur Smiley, reprit alors Largo, non sans avoir discrètement remercié Joy de son intervention, nous allons avoir besoin de faire répertorier et expertiser les oeuvres de cette collection avant de contacter les musées auxquels nous en ferons dons. Pouvez-vous vous en charger?
- Bien sûr! S'enthousiasma Smiley. Pour l'expertise, j'ai rencontré il y a peu de temps un spécialiste en joaillerie et en objets d'art, qui enseigne à Oxford, le professeur Finster-Watterton. Je peux lui demander de travailler sur cette collection le temps de son séjour à New York.
- C'est un bon expert?
- Excellent!
- Parfait."
Simon se joignit alors à la conversation.
"Monsieur Smiley, j'aurai besoin de vérifier avec vous certains points de sécurité concernant cet entrepôt. Quand les journaux sauront que Largo va faire d'importants dons d'œuvres, les médias vont attirer sur nous l'attention des trafiquants d'art...
- Des... Des trafiquants? Trembla légèrement Smiley.
- Oui, et des terroristes, des faussaires, des escrocs. Au Groupe W c'est toujours comme ça. Tout le monde veut nous tuer sans arrêt! Reprit très sérieusement Simon, s'amusant du ton craintif de Smiley.
- Nous... Nous tuer...? S'étrangla ce dernier.
- Ou pire que ça encore! Vous avez déjà reçu des grenades bio-chimiques?
- Des... Des quoi?
- Venez par là, je vais vous expliquer!" Poursuivit Simon en entraînant Smiley vers son bureau.
Largo étouffa un rire. Il se tourna vers Joy.
"J'ai l'impression que notre Simon va martyriser ce pauvre Smiley! Déclara-t-il.
- Je repasserai après pour le rassurer.
- Rien ne vaut la douceur d'une femme..." sourit Largo.
Joy ignora la remarque de Largo et se plongea dans la contemplation des tableaux exposés dans la pièce dans laquelle ils se trouvaient.
"Dis-moi, qu'est-ce qu'il lui prend à Simon, ces derniers temps? Demanda Joy.
- Comment ça?
- Il a l'air bizarre. Pensif."
Largo haussa les épaules.
"Aucune idée. Je lui en parlerai, il a peut-être un problème.
- Oui, tu devrais."
Joy s'arrêta devant une toile néo-impressionniste et siffla d'admiration.
"Waw! On dirait un Turner!" Déclara-t-elle.
Largo fronça les sourcils et examina à son tour la toile.
"Oui, ça ressemble à son style... approuva-t-il. Tu aimes?
- J'adore! C'est un de mes peintres préférés! (J'avoue, en fait c'est un de mes peintres préférés à moi, NDLA). Mais je ne connais pas cette oeuvre... Turner était un artiste particulièrement prolifique. Il existe des centaines de ses oeuvres qui sont méconnues. La plupart sont restaurées et étudiées au Musée National de Grande-Bretagne.
- Dans ce cas, je leur en ferai don..." décida Largo.
Largo se laissa aller pendant un bref instant à regarder Joy, profitant du fait que son attention était absorbée par la contemplation de l'œuvre. L'idée folle de la prendre dans ses bras lui traversa l'esprit jusqu'à ce qu'il se rappelle qu'entre eux deux, ce n'était plus du tout ça. Il se reprit et se concentra sur la toile.
"Ca va toi? Demanda-t-il.
- Très bien. Pourquoi?
- Comme ça. On ne parle pas beaucoup ces derniers temps.
- Je sais... acquiesça-t-elle. Peut-être fallait-il attendre que de l'eau coule sous les ponts.
- Oui, c'est sans doute ça."
A ce moment, Simon émergea du bureau de Smiley, seul.
"Hey! Larg', Joy! Le petit Smiley est tombé dans les pommes! Je crois qu'il est trop sensible..."


Groupe W, penthouse
20h12

Simon entra dans l'appartement de Largo, sans frapper, comme d'habitude. Celui-ci se trouvait dans sa chambre et choisissait une chemise pour son rendez-vous du soir.
"Salut Larg'! Tu te pomponnes? Plaisanta le Suisse.
- Hum... Cardignac ne m'a pas lâché de l'après-midi... Et si je continue, je vais être en retard à mon rendez-vous...
- Avec Olga?
- Hein? Non, c'est fini avec Olga. Ce soir, je vois Sonia.
- La rouquine?
- Mais non, c'était Olga la rouquine! Sonia c'est la blonde!
- Celle aux longues jambes?
- T'as trouvé! Fit Largo d'un sourire éclatant.
- Ben tu perds pas ton temps, toi! Tu l'as vite fait ton deuil de ta relation avec Joy... marmonna Simon.
- On n'a pas eu de relation avec Joy, décréta Largo. On a juste un peu flirté. Et c'était probablement une erreur... Ca n'aurait pas dû arriver.
- Tu crois vraiment à ce que tu dis, là, Largo? Reprit Simon avec scepticisme.
- Oui. Tu en doutes?
- Ah... soupira-t-il. Je ne sais pas, Larg'! Y avait un truc spécial entre toi et Joy. Je crois que vous avez fait une connerie en vous séparant... Vous auriez pu vivre un truc génial! C'est plutôt rare de trouver une fille qui répond parfaitement à ses attentes... Une fille avec qui on pourrait tout partager... Une..
- Ame sœur? Compléta Largo.
- Exactement! Tu n'as pas l'impression que Joy pourrait être la tienne?"
Largo eut l'air ennuyé par sa question. Il émit une sorte de plainte étouffée.
"Simon, Simon, Simon, Simon... répéta-t-il d'un air las. Je n'ai pas envie de me poser ce genre de question. C'est fini, c'est fini. Point. Je passe à autre chose.
- Avec Sonia la blonde aux belles jambes?"
Largo esquissa un sourire et s'assit près de son pote.
"Ecoute Simon... Je comprends ce que tu veux me faire dire, mais Joy et moi... C'est compliqué. On a décidé qu'il n'y aurait rien entre nous mais... Je ne renonce pas à elle définitivement. Je me contente de vivre ma vie et peut-être... Que ça viendra tout seul...
- Mais...
- Simon! Le coupa-t-il soudain. Pourquoi tu me parles de tout ça maintenant, hein?
- Je ne sais pas... Je me pose des questions, c'est tout...
- Hum... Et ce ne serait pas plutôt des questions sur ta vie que tu te poses?
- Ben...
- Simon... Ce n'est vraiment pas la peine de t'angoisser. Tu es jeune, tu as de la personnalité, tu es plein d'avenir. Si tu veux trouver la femme de ta vie, ne t'en fais pas, elle va venir... Alors ne te prend pas la tête pour ça, d'accord?
- Si tu le dis...
- Bien... Bon, j'y vais, Sonia m'attend.
- Ouais... C'est ça... Va voir Sonia..." marmonna Simon, perdu dans ses pensées, sans vraiment faire attention au départ de son ami.


Groupe W, salle du Conseil
19 septembre
10h54

Largo, enfoncé dans son fauteuil présidentiel de dirigeant, fronça les sourcils.
"Comment ça, des difficultés? Expliquez-vous, Alicia..." dit-il finalement.
Alicia Delferril, la Présidente de la Winch Extraction, se redressa sur son siège et tendit un dossier à Largo, que celui-ci parcourut brièvement tout en écoutant les explications de la femme d'affaires.
"Le Groupe W s'est porté acquéreur d'un gisement de pétrole près de Rabi-Kounga, au Gabon, commença-t-elle. Le gisement se situe sur un terrain appartenant à l'homme d'affaires Alain Patrick Tsengué Tsengué. C'est un riche industriel qui a réussi en cédant l'exploitation des ressources de son pays à des industriels étrangers pour des ponts d'or. Le Gabon est l'un des rares pays africains qui comporte peu de risques à l'implantation de capitaux, c'est pourquoi la concurrence est rude.
- Je croyais que vous aviez trouvé un accord de principe avec Tsengué Tsengué? Demanda Largo.
- Oui, mais la situation a changé. D'après nos renseignements, monsieur Tsengué Tsengué est en pourparlers avec un Groupe industriel français appelé la SAFOM et dirigé par un dénommé Gabriel Tardu. Il semblerait que Tsengué Tsengué et Tardu aient noué des liens d'amitié du fait que leurs deux enfants poursuivent leurs études ensemble à la Sorbonne."
Largo étouffa un soupir et fit un effort pour s'impliquer dans cette affaire. Il referma le dossier et planta son regard déterminé dans celui d'Alicia.
"Il s'est fait un nouveau copain et veut laisser tomber le Groupe? Ca ne marche pas comme ça, vous savez comme moi la valeur d'un accord de principe dans les affaires! Déclara-t-il. C'est contraire à l'éthique et au code de conduite!
- Ca ne semble pas beaucoup le déranger... rétorqua Alicia.
- Largo... intervint Sullivan, il faut que vous sachiez que la situation comprend d'autres tenants et aboutissants... La SAFOM avait déjà traité avec Tsengué Tsengué pour exploiter des mines d'argent et de manganèse. Ils sont habitués à travailler ensemble. Et puis, l'année dernière, vous n'avez pas renouvelé le contrat du Groupe avec lui pour l'exploitation de l'uranium. Rajoutez à ça que le Gabon a toujours eu d'étroits liens politiques, historiques et culturels avec la France.
- Ca s'est vérifié pendant le sommet de Johannesburg! Reprit Cardignac. Le discours du Président français prônait l'aide aux pays en voie de développement via la création d'un impôt international sur les richesses liées à la mondialisation... Une aberration, surtout quand on sait que le Président français est un libéral et un roi de la démagogie... C'est du vent, mais cela été très bien vu par la population africaine et gabonaise.
- Depuis leurs relations sont au beau fixe avec la France et dans la mesure où les représentants politiques américains n'ont pas daigné se présenter au sommet de Johannesburg, préférant chercher des prétextes à faire la guerre en Irak, nous sommes en position d'infériorité pour réclamer des droits sur ce marché... conclut Sullivan.
- Je n'ai pas l'intention de m'effacer de ce projet, déclara Largo.
- C'est ce qu'on espérait vous entendre dire.. Reprit Alicia. Mais Tsengué Tsengué a les cartes en main et il le sait. Il va en profiter pour réclamer certaines faveurs au Groupe W.
- Lesquelles? S'enquit Largo.
- Monsieur Tsengué Tsengué est un ami du Président Omar Bongo et un grand admirateur de son prédécesseur, le Premier Ministre Léon M'Ba, mort en 1967.
- Hum... grimaça Largo. Pas très démocrates ces dirigeants, si je me souviens bien...
- Il n'empêche que Alain Patrick Tsengué Tsengué considère Léon M'Ba comme le libérateur de son pays, qui a acquis son indépendance vis-à-vis de la France en partie grâce à lui.
- Quel est le rapport avec le Groupe W?
- D'après monsieur Tsengué Tsengué, le Groupe possèderait, dans la collection privée de Nério, un bijou de grande valeur en diamant ayant appartenu à l'une des maîtresses de Léon M'Ba, dont celui-ci était fou amoureux. Tsengué pense qu'il s'agit d'une pièce d'art appartenant au patrimoine de son pays et si nous lui remettons ce bijou, il sera plus disposé à conclure notre affaire."
Largo hocha la tête et réfléchit rapidement.
"Je n'aime pas trop ce genre d'arrangements mais s'il est vrai que nous avons ce bijou, il revient de droit au peuple gabonais. Je vais contacter monsieur Smiley, le gardien de la collection privée de Nério. Sur ce, la réunion est close."

Rafter Mall, entrepôt privé
15h21

Après avoir réglé plusieurs dossiers courants et assisté à deux nouvelles réunions et un déjeuner d'affaires, Largo se rendit à l'entrepôt qui stockait la collection privée de Nério, en compagnie de Simon, pour retrouver le fameux bijou qui intéressait tant l'homme d'affaires gabonais avec lequel il devait traiter.
En arrivant, ils furent tout de suite accueillis par le fébrile et excentrique Mr Smiley qui leur serra la main et gigota avec excitation dans tous les sens.
"Monsieur Winch! Vous êtes revenu! C'est une vraie perle!
- De quoi parlez-vous? Se retint de sourire de Largo devant l'agitation du petit bonhomme bizarre.
- Mais du Professeur Finster-Watterton, voyons! S'exclama-t-il de sa voix aiguë et nasillarde. Venez, je vais vous présenter!"
Aussitôt, le petit homme se dirigea précipitamment vers la salle d'armes de l'entrepôt, de sa démarche de canard boiteux, tout en s'agitant dans tous les sens et en poussant de temps à autres des suintements d'enthousiasme. Largo et Simon, un large sourire aux lèvres, le suivaient, mains dans les poches.
"Je ne sais pas à quoi il ressemble son Professeur Finster-Watterton, souffla Simon, mais s'il est comme notre Géo-Trouve-Tout, ça risque d'être gai!"
Le sourire de Largo s'élargit plus encore à la remarque de Simon. Il s'arrêta sur le seuil de la salle d'armes car déjà Smiley s'avançait vers eux, prenant par le bras, une jolie femme, toute fluette, au visage doux et souriant. Elle semblait beaucoup s'amuser de la fébrilité de Smiley et réprimait un éclat de rire tandis que celui-ci la conduisait vers le grand patron.
"Monsieur Winch, monsieur Ovronnaz, je vous présente le Professeur Finster-Watterton, qui, malgré son emploi du temps chargé, nous a fait l'honneur de se déplacer d'Oxford pour estimer votre collection!
- Enchanté, dit simplement Largo en lui serrant la main.
- Moi de même."
Elle se tourna enfin vers Simon et lui tendit la main pour se présenter, mais déjà Simon, l'air ailleurs, la dévorait du regard sans remarquer la main qu'elle lui tendait. Cette femme était tout simplement magnifique: elle portait de longs cheveux bruns bouclés qui retombaient en cascade sur ses épaules jusqu'au bas de son dos et lui donnaient l'impression d'être une créature magique sortie tout droit d'un conte de fées. Son visage, petit et gracieux, respirait la douceur. Sa petite bouche, son nez en trompette et ses deux charmants petits yeux noirs, pétillants d'intelligence et masqués par une adorable paire de lunettes glissant sur le bout de son nez, lui conféraient un air candide, presque infantile. Elle était envoûtante.
Amusé par la réaction de son ami subjugué, Largo donna à Simon un petit coup de coude dans les côtes pour qu'il réagisse. Celui-ci hoqueta de surprise puis se ressaisit. Il lui sourit le plus naturellement possible.
"Euh... Salut! Enfin bonjour... Je... Ravi de vous rencontrer... finit-il par se forcer à sourire en lui serrant la main finalement.
- Tout le plaisir est pour moi..." rougit soudainement la jeune femme, intimidée par la réaction peu discrète de Simon face à ses atouts féminins.
Simon continuait à la regarder bouche bée, cherchant désespérément quelque chose d'intelligent ou d'amusant à dire mais il était étrangement bloqué, lui, le grand séducteur se trouvait complètement démuni face à une femme.
"Euh... bafouilla-t-elle timidement. Vous comptez garder ma main encore longtemps?"
Simon écarquilla les yeux et puis réalisa soudain qu'il n'avait pas lâché sa main et qu'il continuait à la serrer depuis un bon moment. Il décida de se reprendre et lui fit un sourire de séducteur.
"C'est que j'aimerais la garder pour toujours..." lui décocha-t-il en lui baisant délicatement sa main avant de la lui rendre.
La jeune femme sentit ses joues se rosir sous les paroles de Simon, et dut faire un effort désespéré pour se concentrer sur l'arrivée du grand patron.
"Alors... Euh... Monsieur Winch... ? Bredouilla-t-elle. Vous voulez que je vous parle des premiers résultats de l'expertise?
- Non pas vraiment... reprit sérieusement Largo tandis que Simon dévorait toujours du regard le Professeur Finster-Watterton. En fait, je suis à la recherche d'une tiare, qui d'après nos renseignements, est entreposée ici.
- Une tiare? S'étonna la jeune femme.
- Oui, en diamant. Apparemment elle appartenait à la maîtresse d'un dirigeant politique gabonais... expliqua Largo.
- Mais oui, je vois tout à fait de quoi il s'agit! S'enflamma Smiley. Il s'agit de la tiare de Sorraya. Bien sûr que nous l'avons! Je suppose que vous connaissez l'histoire de ce bijou, Professeur Finster-Watterton?"
Le Professeur parut émerger de ses réflexions, distraitement. Elle paraissait un peu étourdie.
"La tiare de Sorraya? Dit-elle sur un ton peu engageant. Oui, j'en ai entendu parler. C'est un magnifique bijou en diamant, d'une valeur inestimable. Le Premier Ministre M'Ba l'avait fait faire pour sa bien-aimée Sorraya, une jeune fille dont il était fou amoureux mais qu'il n'a jamais pu épouser. Cette tiare faisait partie de ses effets personnels. A sa mort, en 1967, le bijou a disparu. On raconte que Mao Tse Dung l'aurait fait voler pour sa fille mais depuis son passage dans la Chine Communiste, c'est difficile de retrouver sa trace... La tiare serait en possession du Groupe W alors? S'enquit-elle pour conclure.
- Oui, oui... approuva Smiley en secouant violemment la tête à tel point qu'on eut pu croire qu'il la perdrait. Elle est ici.
- C'est étonnant... réfléchit le Professeur. A vrai dire, ce bijou est volatile, beaucoup ont prétendu l'avoir, mais il s'agissait de copies à chaque fois... Il faudrait que je l'expertise pour m'assurer que vous détenez la vraie tiare.
- Faites ce que vous avez à faire... déclara Largo. Mais si c'est la vraie, je compte sur votre discrétion. Cette tiare doit revenir au peuple gabonais, il fait partie de leur histoire. D'accord?
- Oui, bien sûr! Lui sourit-elle, sortant de ses rêveries.
- Je vous en remercie d'avance... fit Largo en lui serrant la main. Sur ce, je dois vous laisser, j'ai du travail qui m'attend. Tu viens Simon?
- J'arrive!"
Le Suisse prit à nouveau la main de la charmante jeune femme et la lui baisa avec égard, comme la première fois. Elle rougit de plaisir.
"Vous êtes très belle quand vous êtes embarrassée, Professeur Finster-Watterton..." la charma Simon.
Elle ne répondit rien, détournant le regard. Simon lâcha sa main et se redressa avant de rejoindre Largo hors de la salle d'armes.
"Bérénice!"
Simon se retourna et dévisagea avec curiosité la jeune femme qui venait de l'interpeller. Elle lui fit un sourire divin.
"Pour vous, ce sera Bérénice..."
Simon lui rendit son sourire.
"Alors à plus tard, douce Bérénice!"

Appartement de Joy Arden
18h30

"Ben, tu as une heure d'avance!" S'écria Joy tout en ouvrant la porte de son appartement.
Elle eut la surprise de tomber alors nez à nez avec Simon.
"Simon? S'étonna-t-elle. Mais qu'est-ce que tu fais ici?
- Merci pour l'accueil... ironisa-t-il. Alors? On invite pas ses amis à entrer?
- Euh... Si... Bien sûr... Fais comme chez toi..." dit la jeune femme en se poussant sur le côté pour laisser la place à Simon.
Le Suisse jeta un coup d'œil circulaire à l'appartement.
"C'est super chez toi... Il n'y aurait pas un autre appart dans ce style à louer dans ton immeuble?
- Tu veux déménager?
- Non, bien sûr que non...
- Tant mieux... Je ne suis pas sûre que j'aurais pu te supporter comme voisin..." plaisanta-t-elle.
Simon fit semblant de se sentir offusqué.
"Hey! Moi, je suis le voisin idéal, demande à Largo...
- C'est ça, c'est ça... Mais dis-moi, que fais-tu ici?
- Et toi, dis-moi, qui est Ben?"
Joy sentit ses joues se rosir, malgré elle.
"Un ami.
- Ah, un nouvel ami... comprit Simon. Et ben, avec Largo, vous faites la paire... Toujours à vous faire de nouveaux amis...
- Simon, reprit Joy plus sérieusement, souhaitant se sortir de cette situation. Tu voulais me dire quelque chose?
- En fait, j'aurais besoin d'un conseil.
- Quel genre de conseil?
- Sur une fille."
Joy, le fixa un moment d'un air interdit, plus elle éclata de rire.
"Qu'est-ce que c'est que cette blague?
- Je suis très sérieux! Protesta-t-il.
- Et depuis quand tu as besoin de conseils en la matière? Reprit-elle, moqueuse.
- J'en n'ai pas besoin... bredouilla-t-il. Mais elle... C'est vraiment une fille spéciale.
- Waw! Pour que tu la trouves "spéciale", elle a sacrément dû te taper dans l'œil... sourit Joy, plus gentiment cette fois-ci.
- Elle s'appelle Bérénice. Elle est anglaise...
- Encore une touriste à qui tu as fait du gringue?
- Non, c'est une experte en objets d'art. Elle a été embauchée par le Groupe W pour faire l'expertise de cette tiare que cherche Largo. Elle est belle comme un cœur, douce et très intelligente. Et puis elle a l'air si sensible, je n'ai pas envie de la brusquer alors je cherche une nouvelle technique d'approche...
- C'est mignon, t'as vraiment l'air mordu... sourit Joy.
- A quoi tu vois ça?
- Une petite lueur dans le regard... Serait-ce le coup de foudre?
- Peut-être bien... répondit Simon, l'air rêveur. Joy... Comme tu es du genre fille sauvage, difficile à approcher, je me suis dit que tu pourrais peut-être m'aider...
- Sois toi-même."
Simon parut interloqué.
"T'en as de bonnes! Et si elle n'aime pas mon moi-même?
- Alors elle est idiote!"
Simon sourit à son amie.
"Serait-ce un compliment déguisé?
- Fais attention Simon, tes chevilles vont enfler... Ecoute, tu es mignon, tu es un gentil garçon, c'est plutôt rare à notre époque. Tu as toutes les chances de ton côté. Alors, sois agréable, charmeur, comme tu sais si bien le faire, montre-lui que tu l'intéresses sans être trop lourd et fonce! Ca devrait bien se passer.
- Hum... acquiesça-t-il. C'est sensé. C'est comme ça que tu as pris dans tes filets celui que nous nommerons "Ben l'homme mystère..."?
- A peu de choses près, oui... D'ailleurs... Il ne va sans doute pas tarder alors...
- D'accord, d'accord... Je tire ma révérence..."
Il se leva et regarda sérieusement Joy.
"Merci Joy, lui dit-il en lui déposant un petit baiser sur le front. Tu es vraiment une amie.
- Ca m'a fait plaisir.
- Bye! Et bonne soirée...
- Bonne chance!" Eut-elle le temps de crier avant que Simon ne prenne la porte.

Rafter Mall, entrepôt privé
20 septembre
9h23

Bérénice tentait de se concentrer vainement depuis une demi-heure sur son travail, mais les événements ne lui facilitaient pas les choses. Fung Chow l'avait encore appelée pour qu'elle se dépêche: le dernier délais venait de tomber. Ce serait pour le lendemain soir et elle devait encore terminer toutes les finitions pour coller au détail près à l'original. C'était trop juste, trop court, mais elle n'avait pas le choix. La vie de bien trop de personnes était en jeu.
Elle soupira et réajusta entre ses doigts son petit cutter. Elle creusa une petite fente dans le verre, comme pour l'original, puis passa un petit coup de pinceau et souffla dessus pour admirer son travail. Elle parut satisfaite et rangea son travail dans son attaché-case. Une fois l'avoir fermé grâce à sa combinaison, elle saisit la vraie tiare et l'admira. Tout en perdant son regard dans les reflets des diamants, elle se demandait vraiment ce que voulait faire les services secrets chinois de cet objet.
"Bérénice? Que faites-vous?"
Elle sursauta et se trouva nez à nez avec Simon Ovronnaz, qui se tenait sur le seuil de la porte de son petit bureau exigu. Elle réfléchit à toute vitesse, il venait d'arriver et n'avait pas pu voir la copie de la tiare qu'elle fabriquait. Elle se détendit et sourit au jeune homme.
"Rien... J'admirais ce chef-d'œuvre..."
Il répondit à son magnifique sourire.
"Il est loin d'être aussi admirable que votre beauté..."
Bérénice ne put s'empêcher de rougir. Elle savait que ce qu'elle faisait était loin d'être très professionnel, mais que ce garçon pouvait être charmant, avec sa roublardise et son charme de canaille... (c'est doudou, quoi!)
"Vous l'avez authentifiée? S'intéressa-t-il en désignant la tiare.
- Oui... Enfin non... hésita-t-elle. J'ai pu constater que la plupart des cailloux étaient de vrais diamants, mais j'ignore s'il s'agit de la vraie tiare. Il y a peu de détails sur sa consistance dans les ouvrages que j'ai consultés. Ce n'est pas un travail facile."
Elle rangea la tiare dans le coffre de son bureau et fit face à Simon.
"Si c'est Monsieur Winch qui vous envoie, dites-lui que ça peut prendre encore du temps, deux ou trois jours.
- Je le lui dirai... Mais en fait, je suis venu pour vous voir vous..."
Le cœur de Bérénice s'accéléra.
Ne craque pas... Ne craque pas... Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, repousse ses avances... C'est la seule chose à faire ma grande...
"Voilà... Je me disais qu'on pourrait peut-être, tout à l'heure, déjeuner ensemble... demanda le pauvre Simon, hésitant devant cette jolie créature.
- Euh... Non... Je ne peux pas, désolée..."
Simon parut terriblement déçu. Son regard était passé du charme pétillant de ce dragueur invétéré à celui du pauvre cocker abattu. Il était vraiment adorable.
S'il insiste, je le tue... se torturait Bérénice à l'intérieur.
"Et pour un dîner?" Reprit Simon, sentant une faille chez la jeune femme.
Ca y est, il m'a eue... pensa-t-elle en lui faisant un sourire radieux.
"Ce soir, ça vous va? Ne put-elle s'empêcher de proposer tout en se flagellant intérieurement pour son imprudence.
- Bien sûr que ça me va... Je passerai vous prendre à votre hôtel, si vous voulez?
- Oui, je suis au Wilshire.
- Vers huit heures?
- C'est parfait."
Simon parut satisfait. Il resta à la regarder dans le blanc des yeux, serein, le regard perdu dans le sien.
"Alors à ce soir?
- Oui, à ce soir, Simon..."
Il esquissa un dernier sourire et s'éloigna, laissant Bérénice soupirer et s'effondrer sur le fauteuil de son bureau.
"Quelle conne!" Pesta-t-elle pour elle-même.

Rafter Mall
Au même moment

Un homme jeune, plutôt grand et fort pour un asiatique, se tenait au volant d'une Berline noire et tambourinait nerveusement ce dernier. Un autre asiatique se tenait assis à côté de lui, le visage collé à une paire de jumelles. Il aperçut Simon quitter l'entrepôt, les mains dans les poches, sifflotant joyeusement, avant de sauter dans son Cabriolet. Le Chinois aux jumelles les reposa sur le tableau de bord et passa ses mains dans ses cheveux courts en bataille teints en rouge.
"Il s'appelle Simon Ovronnaz, apprit-il au plus grand des deux, qui, le visage fermé, l'observait en silence. C'est le Vice-Président de la sécurité du Groupe W. Un proche de Largo Winch.
- Humm... Ca ne va pas plaire à Fung Chow, ça..." dit-il finalement d'une voix rocailleuse et sifflante, due à la cicatrice qu'il portait sur la gorge, traversant la glotte.
Le plus jeune des deux, celui à la chevelure flamboyante, parut s'agiter.
"Ca veut dire que la tiare sera plus difficile à récupérer? Ils renforcent la sécurité?
- Moui... Ou alors ce type est venu la voir pour d'autres raisons. Elle est belle pour une occidentale."
Le plus petit grimaça.
"Tu crois qu'elle réussira? S'enquit-il.
- C'est la meilleure... Et de toute façon, elle n'a pas le choix. Elle doit réussir."
Le grand à la cicatrice se tut et commença à réfléchir. Il espérait sincèrement pour elle qu'elle n'allait pas essayer de les doubler. Cela lui faisait mal au cœur d'avoir à égorger les petites filles comme elle...

"Le Poséidon", restaurant de Soho
22h56

"Une estampe? S'interrogea Simon.
- Oui, d'Okkusai! Mais pas n'importe quelle estampe, une contemporaine à l'artiste! S'enflamma Bérénice. Il s'agit de "la grande vague", provenant des 70 vues du Mont Fuji... C'est magnifique et très rare. Nério Winch avait un goût très sûr.
- C'est ce que Joy m'a dit... approuva Simon. Moi, je dois avouer que je ne m'y connais pas très bien en art... D'ailleurs, je n'ai même pas fait d'études."
Bérénice lui sourit.
"Je parie qu'au lycée, vous préfériez courir après les filles plutôt qu'étudier?
- C'est un peu ça... frima-t-il. Non, en fait, mes parents sont morts assez jeunes, et il a fallu que je stoppe l'école pour m'occuper de ma petite sœur Vanessa.
- C'est très courageux...
- Mais, j'ai pas fait que des trucs très bien pour ça... avoua-t-il. Pour vous dire la vérité, j'ai été un peu voleur..."
Bérénice lui prit la main.
"Vous êtes un type bien... C'est très dur d'avoir à prendre en charge sa famille. Moi, j'ai une petite sœur qui a presque quinze ans de moins que moi. C'est une petite peste particulièrement irresponsable qui m'en fait voir des vertes et des pas mûres. Mais c'est ma sœur et j'essaie de veiller sur elle du mieux que je peux. Il m'est arrivé de rater des trucs. Elle est complètement délurée et elle s'attire toujours des ennuis, je ne sais pas pourquoi..." s'exaspéra-t-elle.
Simon esquissa un sourire.
"C'est incroyable! On dirait le portrait craché de Vanessa!
- On ne choisit pas les membres de sa famille, mais bon sang, qu'est-ce qu'on les aime!
- Je suis tout à fait d'accord..."
Pendant un long moment, Bérénice et Simon restèrent à se dévisager en silence. Un ange passa. Bientôt, Bérénice se détendit.
"Vous n'avez pas envie de sortir? On pourrait discuter dans un endroit plus tranquille?
- J'allais vous le proposer..."
Aussitôt, Simon régla l'addition et rejoignit Bérénice à l'extérieur. La jeune femme admirait une troupe de jongleurs qui faisait un spectacle de rue. Elle fit signe à Simon de venir voir avec elle et le prit par la main. Mais le jeune homme préférait contempler sa beauté. Au bout d'un moment, elle s'en rendit compte et lui adressa un sourire lumineux. Simon prit ça comme une invitation et se pencha vers elle pour l'embrasser tendrement.


Groupe W, penthouse
21 septembre
7h12

Simon quitta l'ascenseur du Groupe W, un large sourire aux lèvres. Portant sa veste sur l'épaule, décontracté, il pensait à la délicieuse nuit qu'il venait de passer avec Bérénice. Jamais de sa vie il n'avait autant parlé et échangé avec une femme. Elle était vraiment géniale et Simon sentait qu'il en tombait amoureux, même s'il n'avait pas l'impression de tomber, au contraire, plutôt de voler amoureux. En franchissant allègrement les couloirs du soixantième étage pour rejoindre son appartement, il tomba nez à nez avec Largo qui reconduisait Sonia hors de son appartement. A voir leurs baisers et leurs caresses, la nuit avait dû être bonne pour eux deux. Cela dit, Largo semblait avoir du mal à se détacher de la jeune femme. En apercevant Simon, il eut un petit regard suppliant.
"Ecoute Sonia... fit Largo avec tact. J'ai plein de rendez-vous toute la journée, du travail qui m'attend... D'ailleurs Simon et moi on doit voir des problèmes de sécurité...
- Salut Sonia! Fit Simon, pris à partie dans la petite saynète des amants.
- Tu me mets à la porte Largo? Fit la jeune femme.
- Non, non, bien sûr que non... C'est juste que j'ai plein de trucs à faire... On peut dîner ensemble ce soir, si tu veux?
- Oui, c'est un bon plan ça! Reprit Simon avec engouement. Hey, j'ai une idée... Et si on dînait à quatre, avec Bérénice et moi? Proposa-t-il ensuite.
- Bonne idée! Fit vivement Largo, qui apparemment n'avait pas plus envie que ça de se retrouver en tête-à-tête avec sa nouvelle conquête. Ce sera sympa. T'es d'accord Sonia?
- Bien sûr... Bon, alors je te laisse!"
Elle embrassa de nouveau Largo et s'en alla après avoir brièvement salué Simon. Le Suisse nargua Largo et rentra avec lui dans son appartement.
"Alors? On veut déjà se débarrasser de la petite Sonia, bourreau des cœurs? Ironisa-t-il tandis que Largo refermait la porte derrière lui.
- Non, ce n'est pas ça... Mais je ne veux pas de relation sérieuse... Alors, la voir tous les jours, c'est pas possible... Je ne sais pas comment lui dire sans la vexer...
- Comment faire comprendre à une poupée persuadée d'avoir mis le grappin sur le célibataire le plus convoité du monde qu'elle n'est qu'une distraction pour lui? ... Hum... Ce débat demande réflexion.
- Ne te moque pas! Je ne compte plus le nombre de fois où tu t'es mis dans de beaux draps à cause de jolies filles!
- Balaie devant ta porte, mon vieux!" S'exclama Simon avec bonne humeur en s'asseyant sur le canapé de son ami.
Largo le fixa, un sourire indescriptible aux lèvres.
"Dis donc toi... Tu as l'air... Bizarre.
- Bizarre? Reprit Simon, un peu rêveur. Ah oui?
- Comment ça s'est passé avec ta petite anglaise?
- C'était génial! Parfait! Elle est incroyable!
- A ce point? S'étonna Largo. Simon, tu t'enflammes souvent pour des filles, mais là, on dirait que tu es sévèrement atteint.
- Ouais, et j'en suis fier! Cette fille est épatante et je lui plais! Elle est belle, intelligente, sensible... Et on a plein de points communs!
- Des points communs? Avec un professeur spécialiste en objet d'arts et en joaillerie d'Oxford?
- Quoi? C'est si étonnant? Tu sais, elle aussi a une petite sœur exubérante, dont elle a dû s'occuper très jeune à la mort de ses parents... Elle a eu une vie assez chaotique avant de trouver ce boulot stable à Oxford... Je sais que c'est une fille bien et tout, et que j'ai eu un passé de voyou, mais... Je ne sais pas pourquoi j'ai l'impression qu'elle me comprend, comme si elle avait déjà vécu tout ce qui m'était arrivé. Et elle ne me juge pas. C'est une fille curieuse, enthousiaste, elle, elle..."
Simon s'arrêta et eut un sourire radieux.
"On a parlé toute la nuit."
Largo leva un sourcil.
"Et vous n'avez pas...?
- Non, on avait trop de choses à se dire... Tu te rends compte? Moi, j'ai passé la nuit avec une fille sans la toucher!
- Alors t'es accroc. Félicitations Simon... Il fallait bien que ça arrive un jour à l'un d'entre nous..."
Simon lança vers Largo un regard plein de malice.
"Oui, c'est vrai que toi, tu ne t'es jamais senti aussi proche d'une femme, pas vrai Largo?"
Largo parut mal à l'aise et préféra ne pas relever l'allusion de son ami.
"Je suis content pour toi Simon... fit-il.
- Ah? T'as pas l'air fou de joie pourtant?
- Oh... Je suis fatigué, c'est tout...
- A cause de ta nuit avec Sonia?"
Largo ne répondit pas et Simon se passa rapidement la main dans les cheveux avant de se lever du canapé.
"Bon... Je rentre à mon appart' prendre une douche. On se revoit tout à l'heure, Larg'!"
Simon ne laissa pas à Largo le temps de répondre et quitta le penthouse.

Groupe W, penthouse
14h12

Largo étudiait un dossier quand Sullivan entra sans frapper chez lui. Aussitôt, il arrêta tout ce qu'il faisait pour fixer son fidèle bras droit.
"John? Vous m'avez l'air bien pressé? Demanda-t-il gravement.
- Je viens de recevoir un coup de fil de Libreville... annonça le vieil homme d'affaires.
- L'affaire Tsengué Tsengué? S'enquit Largo.
- Précisément. D'après notre source, il est sur le point de signer avec les Français. Nous n'avons que trente-six heures pour lui remettre la tiare. Où en êtes-vous?
- Une experte d'Oxford est en ce moment-même en train de l'authentifier.
- Combien de temps cela risque-t-il de prendre? S'impatienta John.
- Qu'est-ce que j'en sais, je ne suis pas expert, moi! Ecoutez, si ça peut vous faire plaisir, j'irai moi-même lui mettre la pression pour qu'elle me donne une réponse d'ici la fin de la journée. Ca vous va?"
Sullivan soupira et se frotta les yeux, de fatigue.
"Ce travail va me tuer..." maugréa-t-il.
Largo lui sourit avec bienveillance.
"Peut-être devriez-vous prendre quelques jours de congé, John. Vous savez, maintenant je sais ce que je fais, je n'ai plus besoin que vous me baby-sittiez en permanence..."
Sullivan esquissa un bref sourire contrit.
"Oui, j'ai cru le remarquer. J'ai une totale confiance en vous, Largo. Je crois que je vais suivre votre conseil. Dès que l'affaire Tsengué Tsengué sera réglée.
- Ne vous en faites pas. Nous avons la situation bien en main."
Sullivan hocha la tête et se retira. En sortant, il croisa Joy et Simon qui montaient voir Largo. Le jeune milliardaire sourit à ses deux amis.
"Quoi de neuf?
- Qu'est-ce qu'il a Sullivan? Il a l'air crevé?
- Il est stressé. Tu le connais... répondit Largo. D'ailleurs, j'allais de ce pas me rendre à Rafter Mall, il faut que je parle à ta petite-amie, Simon.
- Pourquoi? Fit le Suisse, interdit.
- Pour lui secouer les puces. Il me faut cette tiare pour demain matin, alors je vais la presser de terminer son authentification.
- Hey! Sois pas vache avec elle, quand même! C'est ma petite princesse à moi!
- Ben justement, ta princesse, tu dois la déconcentrer... Alors abstiens-toi de venir cette fois. Joy, tu m'accompagnes, déclara Largo.
- OK." Répondit celle-ci.
Largo apposa sa signature sur un dernier dossier, et enfila sa veste avant de sortir en compagnie de Joy qui fit un clin d'œil amusé à Simon.
"Quoi, je la déconcentre?" Dit-il pour lui-même en haussant les épaules après leur départ.

Rafter Mall, entrepôt
16h56

Lorsque Largo et Joy arrivèrent à l'entrepôt de Rafter Mall, Smiley les accueillit aussitôt. Il les conduisit au bureau de Bérénice pour leur montrer la tiare, qui se trouvait dans son petit coffre.
"Regardez, monsieur Winch... répétait Smiley, ébloui. N'est-elle pas magnifique? Léon M'Ba la voulait à la hauteur de la beauté de sa Sorraya...
- Mon cher Smiley, aucun bijou ne sera jamais à la hauteur de la beauté d'une femme... décocha aussitôt Largo avec assurance.
- Oh oui, je suis d'accord, monsieur Winch..." acquiesça vivement Smiley en dévisageant Joy nerveusement.
Celle-ci esquissa un sourire. Largo et ses habitudes de séducteur ne changeraient donc jamais... Son sourire acheva de perturber Smiley qui transpirait à grosses gouttes quand elle le regardait. Joy se sentait flattée mais aussi terriblement mal à l'aise.
"Où est le Professeur Finster-Watterton? S'enquit alors Largo, détournant l'attention de Smiley.
- Je suis là!" Retentit la voix de Bérénice.
Smiley, Largo et Joy se retournèrent aussitôt, à l'arrivée de la jeune femme. Joy pâlit en reconnaissant Bérénice. Elle fronça les sourcils et plissa les yeux, comme pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas, et dut se rendre à l'évidence. De la détente, l'expression de son visage passa à la colère, voire à la rage. Le visage de l'ex agent de la CIA se ferma, ses lèvres se pincèrent et elle toisa sévèrement Bérénice, croisant les bras contre sa poitrine pour se donner de la hauteur. Son regard de braise, que la colère faisait briller de mille feux, traversa un court instant les petits yeux noirs de Bérénice. Celle-ci, troublée par la présence de Joy, n'osait plus rien faire, ni rien dire. Joy était une fille intelligente et elle la connaissait bien. Elle devrait redoubler d'attention. Jouant le tout pour le tout, Bérénice se reprit et fit semblant de rien. Elle tendit sa main vers Joy.
"Je ne crois pas vous avoir déjà rencontrée... sourit-elle sereinement en s'adressant à Joy. Je suis le Professeur Finster-Watterton."
Joy ne répondit rien, sur la défensive. Elle décida de rester sur ses réserves et saisit la main que Bérénice lui tendait. Largo, surpris par la réaction de Joy, décida de faire les présentations.
"Professeur, voici ma garde du corps, Joy Arden.
- Incroyable! Se força à sourire Bérénice. Une femme garde du corps, je ne savais pas que ça existait."
Le visage de Joy se fit plus sévère encore et elle lança à Bérénice un regard qui signifiait "ne va pas trop loin ma cocotte... T'es sur la brèche...". Bérénice parut avoir saisi le message et elle se reprit aussitôt.
"Alors, que me vaut l'honneur de votre présence, monsieur Winch?
- Je veux que vous me disiez maintenant si cette tiare est bien la tiare de Sorraya, c'est impératif, je dois le savoir!"
Bérénice grimaça à l'intérieur. Elle aurait aimé avoir un peu plus de temps pour peaufiner sa copie et Winch lui forçait la main. Si lui et Joy ne pourraient pas voir la différence, il restait un risque avec Smiley. Cela dit, ce dernier semblait plus préoccupé par la troublante présence de la féline Joy à ses côtés que par la tiare. Elle décida alors de se lancer. Elle saisit la tiare qui reposait sur son bureau et la désigna à Largo.
"En fait, j'allais vous prévenir. Je viens de terminer l'authentification. C'est bien la vraie tiare.
- Sûre?
- A 95%, ce qui est déjà énorme dans ma profession."
Largo poussa un soupir de soulagement.
"Génial, Sullivan va se faire moins de cheveux... Je vais pouvoir contacter Alain Patrick Tsengué Tsengué... Monsieur Smiley, vous avez un téléphone?
- Oui, bien sûr, suivez-moi... fit le petit bonhomme.
- Encore merci!" Lança Largo, sur le seuil de la porte du bureau de Bérénice tandis qu'il suivait Smiley jusqu'à son propre bureau.
Dès que les deux hommes furent partis, Bérénice esquissa un sourire contrit à Joy et celle-ci s'approcha dangereusement d'elle, pas à pas, le regard menaçant. Elle lâcha un soupir de colère et se planta face à son ancienne amie, raide comme un piquet.
"Lula Buleau... grogna Joy. Je t'avoue que je suis assez curieuse de savoir comment d'agent de la CIA tu t'es reconvertie en experte d'objets d'art et en joaillerie?"
Lula parut embarrassée par sa question.
"Joy... Tu connais le métier... On fait ce qu'on peut...
- Lula! Tonna Joy avec impatience.
- Merde Joy, je suis en mission, j'ai une couverture, ne fous pas tout en l'air, ça ne te concerne pas! Expliqua rapidement la jeune femme, perdant par la même occasion son accent anglais.
- Comment ça ne me concerne pas? Si ça concerne le Groupe W, ça me concerne, tu oublies que je suis la garde du corps de Largo!
- Oui... Pas mal comme reconversion..." sourit Lula d'un air évocateur.
Ce sourire plein de hardiesse déplût terriblement à Joy.
"Qu'est-ce que tu fous, Lula?
- T'occupes...
- J'ai le droit de savoir, ta couverture, je ne suis pas obligée de te la préserver.
- Pourtant tu me dois un service, si tu te rappelles bien c'est moi qui t'ait sauvé la vie à Bagdad il y a cinq ans?
- Tu es en mission pour la CIA? Ca concerne la tiare, c'est ça?
- Ouais... lâcha-t-elle finalement, le dos au mur. Tu devrais dissuader ton patron de s'y intéresser...
- Ce n'est qu'un bijou! Protesta Joy, sans comprendre.
- En apparence oui... expliqua Lula. Mais d'après ce que je sais, quand les Chinois ont détenu le bijou ils y ont caché un microfilm. La tiare cache autre chose.
- Quelque chose que veut la CIA?
- Effectivement.
- Bon... Admettons... Et Simon dans tout ça?"
Lula grimaça.
"Il n'a rien à voir dans cette affaire... reprit-elle avec détermination.
- Lula, c'est mon ami! S'écria Joy. J'adore Simon et il a eu le coup de foudre pour toi, il est envoûté! Je ne veux pas qu'il souffre!
- Moi non plus je ne veux pas qu'il souffre... Il est adorable.
- Tu craques vraiment? Fit Joy avec scepticisme.
- Bien sûr pourquoi?
- Tu lui mens sur ton identité... répliqua Joy.
- C'est pas sorcier, il ne saura jamais qui je suis... poursuivit Lula avec assurance. Je termine cette affaire et après je me tire de la CIA, ma démission est prête... Matko l'attend après ce dernier coup, tout est prévu et je pourrai conserver cette identité. Tu vois, Simon n'en saura jamais rien et c'est tant mieux... Rassure-toi, je ne ferai aucun mal à ton copain... Je le trouve trop craquant..."
Joy allait lui rétorquer quelque chose quand Largo les interrompit.
"Joy, on m'attend au Groupe, il faut y aller!
- Oui, j'arrive. J'ai un ou deux trucs de femme à dire à... Bérénice avant... répondit Joy.
- Bon, dépêche-toi."
Largo se retira et Joy en profita pour empoigner avec brusquerie Lula.
"Je te préviens Lula que je n'ai pas l'intention d'en rester là! Déclara-t-elle d'un ton peu avenant. Je te surveillerai, quant à Simon... C'est un petit frère pour moi alors je te signale amicalement que dorénavant, tu marches sur des oeufs et qu'au moindre faux pas, je lui dis tout!
- Merci, Joy! Sourit Lula. J'ai toujours su que t'étais une fille bien..."
Joy ne répondit rien, et, après un dernier regard noir, elle s'éclipsa.


Bunker, Groupe W
18h56

Simon s'étira et bailla bruyamment, ce qui ne manqua pas d'agacer Kerensky, sagement installé à son poste, comme d'habitude. Puis, le Suisse ferma le dossier qu'il était en train d'étudier (car Simon aussi travaille des fois, si, si!) et enfila sa veste. A ce moment, Largo descendit dans le bunker. Kerensky leva à peine un sourcil vers lui, mais Joy le gratifia d'un regard amical.
"Vous êtes élégants tous les deux, ce soir... fit-elle remarquer à Simon et Largo. Vous sortez?
- Euh... Oui... marmonna Largo avec embarras.
- On va se faire une fiesta infernale, oui! Reprit Simon avec enthousiasme. Moi, j'emmène ma douce Bérénice et lui sa Sonia. Un petit dîner à quatre, c'est convivial et ça permet de mieux nous connaître!
- Simon... Ce n'est peut-être pas la peine de donner tous les détails non plus..." l'interrompit Largo, mal à l'aise.
Simon fut un peu long à la détente, mais dès qu'il eut compris les allusions de Largo, il eut un large sourire.
"Quoi? Tu veux faire preuve de délicatesse avec Joy? Mais t'en fais pas pour ça, Larg', elle a déjà un nouvel amoureux, vous êtes à égalité...
- Simon! Le gronda alors Joy.
- C'est vrai Joy?" Demanda Largo, en se forçant à sourire.
Kerensky leva le nez de son écran d'ordinateur, se disant que la conversation devenait intéressante.
"Euh... Oui... marmonna Joy en détournant les yeux.
- Bien..." put seulement dire Largo.
Il se dévisagèrent en silence pendant quelques secondes. Puis Joy se sentit obligée de se justifier.
"C'est un bon ami... Je me change les idées avec lui...
- Oui, oui, tu as raison... s'empressa de dire Largo. Tu fais ce que tu veux."
Puis, Largo prit une grande respiration et tenta de se concentrer sur sa sortie. Il regarda Simon.
"Bon, on n'a plus qu'à s'en aller, nous... fit-il.
- Allons-y!"
Kerensky se replongea alors dans ses recherches, se disant que le spectacle avait été bien succinct. Puis, Largo et Simon quittèrent le bunker. Dès qu'ils furent sortis, Joy se précipita vers son ordinateur pour l'allumer. Kerensky parut surpris.
"Tu n'étais pas sur le point de t'en aller, toi? Demanda-t-il, plus par souci de tranquillité que par curiosité.
- Si."
Elle retira sa veste et s'installa pour lancer un programme de recherche.
"Je croyais que tu voulais vivre ta vie?
- Oui... J'ai juste un truc à vérifier...
- Sur le serveur de la CIA? S'étonna Georgi en s'approchant d'elle.
- Tu pourrais éviter de regarder derrière mon dos, ça me stresse."
Joy se concentra et tapa ses codes d'accès pour pénétrer les fichiers des agents de la CIA. Une fois entrée, elle tapa le nom de Lula Buleau et bientôt, un message en rouge clignota sur l'écran marquant "No Match Found". Joy poussa un léger grognement et fronça les sourcils.
"Elle ne fait plus partie de la CIA... marmonna-t-elle pour elle-même.
- Qui?"
Joy lança un bref regard vers Kerensky.
"Laisse tomber, tu veux?"
Puis, elle éteignit l'ordinateur et prit ses affaires avant de s'en aller, visiblement préoccupée.
"Mouais..." grogna Kerensky, avant de hausser les épaules et de se remettre au boulot.


Appartement de Simon
23h47

Simon ferma la porte de son appartement après Lula.
"Voilà... C'est chez moi... annonça-t-il un peu nerveusement.
- C'est très joli... fit Lula en jetant un coup d'œil circulaire. Moderne et spacieux.
- Tu veux boire quelque chose?
- Non merci..." fit-elle en s'asseyant sur le canapé.
Simon la rejoignit et se laissa tomber tout près d'elle. Il l'embrassa, tout en lui caressant doucement la nuque.
"Je t'adore, toi, tu sais... lui murmura-t-il au creux de l'oreille.
- Simon... souffla-t-elle tandis qu'il lui mordillait l'oreille.
- Quoi? Demanda-t-il tout en continuant cette plaisante manœuvre.
- Tu... Tu dois savoir quelque chose sur moi..."
Aussitôt, Simon arrêta ses caresses et regarda droit dans les yeux la jeune femme.
"Vas-y... Tu peux tout me dire... lui sourit-il gentiment.
- Voilà.. Je... Je ne t'ai pas tout dit sur moi..."
Lula hésita, affreusement torturée. Devait-elle vraiment lui dire qui elle était et quelle était sa mission? Le comprendrait-il? Son esprit réfléchissait à toute allure. D'un côté, elle ne voulait pas aller plus loin avec lui alors que tout entre eux n'était que mensonges. Mais d'un autre côté, si elle lui révélait la vérité, Fung Chow finirait par le découvrir et ça le mettrait en danger. Lula ne voulait surtout pas qu'il lui arrive malheur par sa faute. Non, elle ne devait pas lui dire, c'était mieux pour eux deux.
"Et bien? Je t'écoute? Ca a l'air sérieux..." fit gravement Simon.
Lula lui sourit timidement.
"La vérité c'est que... Je... Je ne suis pas une vraie anglaise."
Simon haussa un sourcil, surpris.
"Quoi?
- Je suis américaine. Mais quand on m'a embauchée à Oxford, je me suis dit que se serait mieux s'ils me croient anglaise. Alors c'est pour ça que j'imite cet accent snob. Je sais, c'est nul, mais... Enfin, voilà."
Simon éclata de rire.
"Ca ne fait aucune différence pour moi! J'ai l'habitude tricher alors tu sais... C'est pas grave du tout.
- Bien... reprit-elle, tout en se morigénant intérieurement. Alors, où on en était?
- A peu près là..."
Simon se pencha à nouveau près d'elle et recommença à l'embrasser et à la caresser avec dextérité et savoir-faire. Le reste est interdit au moins de dix-huit ans...

Bar "Le Consortium", Wall Street
2h23

Au même instant, Joy, assise au comptoir d'un bar enfumé et classieux pour hommes d'affaires de Wall Street, patientait paisiblement en jouant avec son verre de gin tonic. Alors qu'elle regardait pour l'énième fois sa montre, un homme assez grand, au profil distingué, dont les cheveux châtains étaient coupés courts et parfaitement coiffés, l'aborda au bar. Il était vêtu d'un trench-coat sombre, qui couvrait son costume cravate étriqué. On aurait pu le prendre pour un banal vendeur d'assurance, si un oeil expérimenté d'agent secret ne remarquait pas le squelette de son revolver, planqué dans un recoin de sa veste. Le visage impassible, il jeta un coup d'œil à Joy.
"Tu es en avance, dit-il.
- Non, tu es en retard, Clay.
- On a toujours eu du mal à se coordonner tous les deux... C'est pour ça que ça n'a jamais marché.
- Tu parles du boulot?
- Je parle toujours du boulot."
Joy acquiesça d'un hochement de tête tout en étouffant un sourire ironique. Puis Clay désigna à Joy une table à l'écart, un peu isolée dans le bar et ils s'y rendirent, Joy prenant son verre au passage. Quand il se furent assis à la table, Clay se détendit légèrement et remarqua le verre de Joy.
"Tes habitudes n'ont pas changé à ce que je vois? Je croyais qu'à force de côtoyer la jet set avec Winch, tu te serais mise au champagne.
- Je ne bois pas quand je suis de service.
- Donc tu n'es pas de service? Pourquoi tu m'as appelé?
- J'aurais besoin de renseignements. Sur l'agent Buleau.
- Pourquoi? Tu as des problèmes avec elle?"
Joy eut un rire nerveux.
"J'avais oublié qu'à la CIA, on répondait toujours à des questions par des questions...
- Poser des questions est beaucoup moins dangereux que donner des réponses.
- Elle a quitté la CIA, pas vrai?
- Oui. Mais ça tu le sais déjà. A quoi est-elle mêlée?
- Si je te parle d'une tiare?
- Une tiare... Une tiare contenant certains renseignements?
- Un microfilm.
- Oui... Je connais."
Clay prit le verre de Joy et en but quelques gorgées. Joy lui lança un regard sombre.
"Donnant donnant? Comprit-elle.
- Je ne sais pas grand-chose de cette affaire. J'étais un nourrisson à l'époque. J'entrais tout juste à la CIA. C'était il y a dix ans. Les Chinois ont conçu une arme.
- De quel genre?
- Aucune idée. C'était avant-gardiste en tout cas. Les informations nécessaires ont été cachées dans un microfilm... Après la chute du mur de Berlin, les pays communistes, comme la Chine, ont eu pas mal de sueurs froides...
- Je vois... Et la CIA dans tout ça?
- L'Agence a envoyé un agent voler ce microfilm. Il l'a ramenée au Pentagone mais il a été impossible de le décoder. Et puis, il a été volé quelques semaines après son arrivée sur le territoire américain. Depuis, on n'en a plus entendu parler. On sait juste que les Chinois le cherchent encore. A toi, Joy...
- C'est le Groupe W qui a le microfilm."
Le visage de Clay s'illumina brièvement.
"Là, tu m'intéresses...
- Mais on a un petit problème avec Lula Buleau.
- C'était ton équipière, il me semble? Qu'est-ce qu'elle a fait?
- Rien encore, mais elle m'a dit qu'elle était en mission pour la CIA pour récupérer cette tiare...
- Elle ment. Lula nous a quitté il y a deux ans. Une autre grande perte après toi...
- N'essaie pas de me flatter Clay... Cette histoire va sûrement finir par mettre mon patron dans l'embarras... J'ai besoin de plus d'infos sur le contenu du microfilm.
- Là, je ne peux pas t'aider. Il me faut un justificatif pour fouiner dans ce genre de dossiers et on aura tous les deux des problèmes... La seule solution c'est que tu interroges toi-même l'agent qui a volé le microfilm aux chinois en 1992.
- De qui s'agit-il?"
Clay eut un sourire tranquille et avala d'une traite le gin de Joy.
"Ton père."
Joy lança un regard mauvais à Clay.
"J'imagine que cette situation t'amuse beaucoup?
- J'ai toujours apprécié l'ironie, Joy... Mais je ne suis pas un méchant homme. Charles a tous les renseignements que tu souhaites avoir.
- Génial... Mais je me passerai d'une entrevue avec mon petit papounet...
- Dans ce cas, tu ne sauras rien... Bon... Je dois y aller moi... J'ai du boulot..."
Clay quitta le bar sans même un dernier regard à Joy.

Groupe W
Appartement de Simon
22 septembre, 9h02

"Lula! Lula! Hurlait Joy en frappant à la porte de l'appartement de Simon avec impatience. Ouvre tout de suite, je sais que tu es là!"
Aussitôt, la porte se déverrouilla et la tête de Simon apparut à l'encoignure de la porte. Il avait enfilé à la va-vite un pantalon et une chemise qu'il boutonnait tout en dévisageant Joy avec mauvaise humeur.
"Joy, t'es folle de me déranger à cette heure, en hurlant comme une dingue? Grommela-t-il. J'ai passé une nuit éprouvante, moi!
- Laisse tomber Simon, c'est très important!" Traça Joy en le poussant sur le côté pour pouvoir entrer dans son appartement.
Elle stoppa au beau milieu du salon quand elle vit Lula émerger de la chambre à coucher de Simon, tirant sur sa jupe pour tenter de la défroisser. Joy la fusilla du regard tout en fulminant.
"Lula, je t'avais dit que je t'aurai à l'œil!" Déclara Joy.
Lula soupira. Elle aurait dû se douter qu'une fille aussi intelligente et fouineuse que Joy découvrirait la vérité Mais elle pensait sincèrement avoir une manœuvre de temps moins étroite. Elle dévia son regard et baissa la tête, fixant le sol, embarrassée. Simon, quant à lui, ne comprenait rien du tout.
"Joy, qu'est-ce que tu lui veux, vous vous connaissez? Demanda-t-il, largué.
- Oh oui, on se connaît... Mais apparemment moins bien que ce que je pensais... poursuivit Joy en laminant du regard son ancienne amie. Alors? J'attends, pour qui tu travailles?"
Lula se décida à affronter son regard inquisiteur et commença à marcher de long en large dans la pièce pour se donner du courage et de la contenance. Pour faire passer son stress, elle triturait ses doigts sans cesse et se mordait la lèvre inférieure. Puis elle s'arrêta soudain.
"Joy, je te jure que quoi que tu imagines, c'est très loin de la vérité... déclara-t-elle finalement.
- Je te pose la question une dernière fois Lula, pour qui travailles-tu? A qui as-tu l'intention de vendre cette tiare?"
Lula paraissait de plus en plus mal à l'aise. Elle lança vers Simon un regard empli de regrets.
"Je suis désolée Simon... Je ne voulais pas te mentir, je t'assure... Tu n'étais pas prévu dans le plan...
- Mais quel plan? Demanda alors Simon, blême.
- Simon, elle ne s'appelle pas Bérénice Finster-Watterton, et elle n'est pas professeur à Oxford. C'est une américaine pur-sang, son nom est Lula Buleau et elle est agent secret.
- C'est... C'est impossible... bredouilla Simon.
- Je suis désolée Simon, mais c'est la vérité! Reprit Joy. On a bossé ensemble pour la CIA il y a quelques années."
Le regard de Simon passa de la stupéfaction à la douleur. Il se laissa tomber dans un fauteuil tout en lançant vers Lula une moue témoignant de son immense déception. Lula baissa à nouveau les yeux, peinée.
"Tout a commencé avec la tiare de Sorraya, Simon, expliqua Joy. Elle contient un microfilm contenant des informations sur la conception d'un nouveau prototype d'arme.
- Hein? Une arme? Tenta de comprendre Simon, à mille années lumière du problème qui occupait Joy.
- Et Lula devait voler la tiare pour récupérer le film. Sauf que je croyais qu'elle le faisait pour le compte de la CIA mais qu'en réalité, elle n'en fait plus partie depuis deux ans!"
Simon poussa un profond soupir et regarda durement Lula.
"Pour le compte de qui fais-tu ça? Fit-il d'un ton monocorde qui lui glaça le sang.
- Simon, je regrette... Je ne voulais pas te faire souffrir... commença-t-elle.
- Pour le compte de qui?" Répéta-t-il en criant.
Le cri de Simon déchira l'atmosphère lourde et pesante de la pièce. Lula décida de baisser les armes.
"Les services secrets chinois." Lâcha-t-elle finalement, peu fière d'elle.
S'en était trop pour Simon. Il se leva brusquement, il avait besoin de prendre l'air, de se retrouver loin de cette femme, il ne voulait plus la voir.
"Je vais prévenir Largo."
Il quitta alors son appartement, sans lancer un seul regard vers Lula, ni vers Joy d'ailleurs, trop pris par sa colère et sa peine. Une fois seules, Joy et Lula se dévisagèrent avec tristesse, car l'une comme l'autre adoraient Simon et détestaient le voir souffrir.
"Alors, les services secrets chinois? Reprit Joy. Tu es tombée bien bas, Lula...
- Parce que tu crois que j'ai eu le choix peut-être? Moi, quand j'ai quitté la CIA il y a deux ans, tout ce que je voulais c'était une autre vie, m'occuper de ma petite sœur Valene... Mais je n'ai pas eu ta chance, je n'ai pas trouvé de boulot aussi génial.
- Oh, alors tu es passée à l'ennemi? Ironisa Joy.
- Tu sais bien qu'à notre niveau, Joy, il n'existe plus de concept d'amis ou d'ennemis. Tout est faussé et obscurci. Je n'ai jamais voulu travailler pour les Chinois. Ils ne m'ont pas laissé le choix."
Joy scruta le regard de Lula. Elle sentait tout de suite au ton de sa voix et à son regard qu'elle était sincère et que cette affaire était bien plus complexe qu'elle ne le paraissait. Elle adoucit son ton.
"Je t'écoute. Qu'ont-ils fait?"
Lula se frotta les yeux, soudainement très fatiguée.
"Ils détiennent ma petite sœur."

Groupe W, appartement de Largo
Au même moment

Largo mettait un peu d'ordre dans un dossier quand Simon entra dans son appartement, sans frapper, comme d'habitude. Largo sourit en voyant son ami.
"Ah, enfin là! Justement, j'allais passer te voir pour qu'on se fasse une petite virée... J'ai besoin de décompresser, moi!"
Le sourire de Largo s'effaça soudainement. En effet, il venait de remarquer que son ami Simon, d'ordinaire si drôle, enthousiaste et avenant, le fixait d'un regard triste, le visage fermé, sa bouche n'esquissant pas la moindre ébauche de sourire.
"Que se passe-t-il? S'enquit Largo d'une voix blanche.
- C'est Bérénice.
- Il lui est arrivé quelque chose? S'inquiéta Largo.
- Pas encore. Joy doit s'en charger en ce moment même.
- Je ne comprends pas..."
Simon soupira et se laissa tomber sur le canapé de Largo.
"Elle ne s'appelle pas Bérénice, mais Lula Buleau et c'est un ex agent de la CIA. Elle a été engagée par les Chinois pour voler la tiare... expliqua-t-il sans énergie.
- Me dis pas ça!
- Apparemment, le bijou contient une sorte de microfilm... J'ai pas fait gaffe aux détails..."
Le visage de Simon se renfrogna. Largo alla s'asseoir à côté de son ami et posa une main sur son épaule.
"Je suis désolé, mon vieux... fit Largo. Tu l'aimais beaucoup?
- J'étais complètement fou d'elle! Le coup de foudre, tu sais?
- Oui j'avais remarqué... marmonna sombrement Largo. Tu as parlé avec elle?
- Non, je ne veux plus la voir.
- Simon... Peut-être qu'elle éprouve les même sentiments que toi...
- Elle m'a menti! Et trahi! Plus jamais je ne pourrai lui faire confiance!"
Largo allait rétorquer quelque chose quand son téléphone sonna. A regrets, il délaissa son ami pour faire cesser cette sonnerie insistante.
"Allô? ... répondit-il. Oui... Quoi? ... Bien, je vous remercie, monsieur Smiley. Nous allons nous mettre à sa recherche... Au revoir..."
Largo repos le combiné et fixa Simon.
"C'était Smiley. La tiare a été volée dans la nuit..."


Appartement de Simon
Quelques minutes plus tard

Dès que Simon et Largo eurent appris de Smiley ce qu'il était arrivé à la tiare, ils se précipitèrent à l'appartement de Simon où étaient restées Joy et Lula, assises, l'une face à l'autre, en pleine discussion. En voyant Simon, Lula se leva brusquement et l'interrogea du regard, mais le Suisse, blessé dans son amour-propre, ne daigna pas lui lancer le moindre regard. Attristée, elle se rassit alors très lentement. Largo les observa chacun à leur tour pendant un instant, puis, échangeant un regard entendu avec Joy, il décida de tracer.
"La tiare de Sorraya a été volée.
- Volée? S'étonna Joy.
- Oui, cette nuit... reprit Largo.
- On a passé la nuit ensemble... fit Simon. Si ce n'est pas toi, Lula, qui a fait le coup?"
Elle soupira et se décida à expliquer quel était leur plan
"Qui l'a volée? Réitéra-t-elle. Des hommes de mains de Fung Chow...
- Fung Chow?
- Services secrets chinois, assigné aux projets spéciaux. C'est tout ce que je sais... expliqua-t-elle. Il m'a contactée pour récupérer cette tiare il y a six mois... Il savait qu'elle se trouvait dans la collection Winch et qu'elle était très difficile d'accès. Or, j'ai un doctorat en objets d'art...
- Tiens, tu n'avais pas menti sur ça, alors? Ironisa Simon.
- Non... poursuivit-elle, le visage fermé. Il faut avoir bac+5 pour accéder à certains postes à la CIA... Fung Chow savait que j'étais bien placée pour m'infiltrer à Rafter Mall. Mon rôle était de faire tous les repérages nécessaires pour briser la sécurité de l'entrepôt, obtenir les codes d'accès, connaître les alarmes et les positions des caméras. Je devais tout faire pour leur faciliter la tâche. Et puis naturellement, je devais leur donner le code du coffre qui renfermait la tiare.
- Et tu as fait du bon travail apparemment... cingla Joy.
- Comment tu as pu les laisser voler ce truc? S'enflamma alors Simon. Tu ne sais pas ce que contient ce microfilm! Peut-être vont-ils pouvoir concevoir des armes très dangereuses!"
Largo et Joy se sentaient très mal à l'aise, Simon fulminait et Lula, très calme, le regardait droit dans les yeux.
"Tu as fini, Simon?"
Simon cessa tout net de gesticuler, glacé par le ton froid et démesurément calme de Lula. Apparemment, elle avait quelque chose d'important à dire. Il lui adressa toute son attention.
"La tiare n'est pas entre les mains des chinois.
- Mais Smiley... commença Largo.
- Les Chinois n'ont pas la vraie tiare, le coupa Lula. C'est moi qui l'ai. J'ai utilisé mes dons d'orfèvre et de faussaire pour en fabriquer une copie... Fung Chow n'a pas le microfilm.
- Pourquoi? Tu les as doublés? Demanda Joy.
- Il le fallait. Si je les avais laissé voler la tiare, jamais ils ne m'auraient rendu ma sœur.
- Ta sœur?" S'étonna alors Simon.
Lula lança à Simon un regard très doux.
"Ce n'est pas mon genre de collaborer avec des hommes dangereux. C'est pour ça que j'ai quitté la CIA... Les Chinois m'ont forcé à faire ça en kidnappant ma petite sœur Valene."
La colère de Simon s'apaisa soudainement.
"Tu as fait tout ça pour elle?
- Oui... J'adore ma sœur... Mais elle s'attire toujours des ennuis... Tu vois, je ne t'ai pas menti sur toute la ligne..."
Simon se tut et parut réfléchir un instant.
"Il faut aider Valene, déclara-t-il soudain. Ce n'est pas de sa faute si sa sœur est une cinglée sortie de la CIA...
- Euh... Simon... toussota Joy.
- Oui, bon, je ne parlais pas pour toi... s'excusa-t-il rapidement.
- Quel était ton plan Lula? Demanda alors Joy.
- Attendre qu'ils me passent un coup de fil après qu'ils aient découvert la supercherie. Et puis leur donner rendez-vous pour échanger ma sœur contre le microfilm.
- Et où est la tiare en ce moment? S'enquit Largo.
- Chez moi, au Wilshire. Je l'ai planquée.
- OK... décida-t-il. Il faut la récupérer. Et autre chose... Si nous devons leur échanger le microfilm, je veux savoir ce qu'il contient exactement. Je déteste les surprises.
- Là, je ne peux pas vous aider... J'ignorais tout sur ce qui intéressait les Chinois dans cette tiare... fit Lula. Mais, Joy, ton père doit en savoir beaucoup sur cette affaire, non?"
Le visage de Joy se ferma.
"Une source m'a appris que c'est lui qui avait volé la tiare aux chinois quand il bossait pour l'Agence. Après elle a disparu des cartons du Pentagone. Personne ne sait comment elle a atterri au Groupe W.
- Hum... grommela Largo. Si on fouille de ce côté, on devrait découvrir des choses pas claires sur mon père. Encore. Joy, tu dois demander à ton père ce qui se trouve sur ce microfilm."
Un voile de panique traversa furtivement le regard déjà bien sombre de Joy.
"Il n'y aurait pas une autre alternative? Fit-elle.
- A moins que Kerensky ne pirate les fichiers de la CIA, non, et je ne veux pas avoir le gouvernement sur le dos."
Largo observa sa garde du corps. Il comprit tout de suite que ses relations avec son père ne s'étaient pas arrangées malgré ses efforts l'année précédente pour les réconcilier.
"S'il te plaît Joy. Ce n'est pas facile, mais c'est nécessaire.
- J'ai compris. J'y vais."
Joy se leva du canapé et Largo l'arrêta en la prenant par le bras, la fixant d'un air doux.
"Je viens avec toi.
- Ce n'est pas utile... protesta-t-elle faiblement.
- Ce sera peut-être moins... intimidant si tu n'es pas seule avec lui. Ne discute pas..."
Largo tourna la tête vers Simon et Lula.
"Vous deux, vous allez chercher la tiare, avant qu'ils n'aient le temps de fouiller sa chambre d'hôtel. Vous la ramenez au Groupe W ensuite, elle y sera en sécurité.
- On est obligé d'y aller ensemble? Grommela Simon.
- Simon, ce n'est pas le moment... Et ça vous fera peut-être du bien d'être un peu seuls tous les deux... Viens Joy..." conclut-il en désignant la porte à Joy.


Maison de Charles Arden
11h34

Joy frappa deux coups à la porte d'entrée de la maison de son père. Largo, debout à ses côtés, regardait de tous côtés, nerveusement, s'attendant à voir Charles débarquer, un 22 long rifle sous le bras, comme lors de leur première rencontre. Mais il se contenta d'ouvrir la porte. Son visage fut complètement indifférent en apercevant Joy.
"Qu'est-ce que tu veux?"
Joy fit un effort désespéré pour ne pas flancher. Largo put constater que pour la première fois depuis qu'il la connaissait, il voyait sa garde du corps intimidée par quelqu'un.
"Bonjour papa... Moi aussi je suis très heureuse de te revoir... put-elle trouver la force d'ironiser. On peut entrer? On sera bref."
Charles eut un regard réfrigérant et laissa passer Largo et Joy.
"Je suppose que vous vous souvenez de moi, monsieur Arden? Fit Largo.
- Difficile d'oublier quelqu'un qui s'introduit chez vous pour vous faire des leçons de morales sur la manière d'élever votre fille."
Joy leva un petit sourcil interrogateur. Elle savait que Largo avait déjà rencontré son père mais il ne lui avait jamais expliqué dans les détails ce qu'il s'était passé.
"De quoi s'agit-il? Reprit Charles avec froideur.
- 1992. Singapour. Un microfilm planqué dans une tiare... expliqua Joy.
- Une réussite. Jusqu'à ce que ces abrutis du Pentagone se laissent voler la tiare... dit froidement Charles. Mais j'ai cru comprendre que c'est votre père qui en est devenu propriétaire, monsieur Winch?
- Qui t'a dit ça? Clay? S'énerva légèrement Joy.
- Du sang-froid Joy, répliqua sèchement Charles. Je ne t'ai pas appris à te laisser envahir par les émotions. Tu fais une bien piètre élève."
Le visage de Joy se ferma totalement et elle détourna les yeux tandis que Largo sentait la colère monter en lui.
"Que pouvez-vous nous dire sur ce microfilm? Reprit Largo en tentant de rester calme.
- C'est secret-défense.
- J'ai besoin de le savoir! Fit Joy.
- Tes besoins, je n'en ai rien à faire, petite fille, répliqua Charles.
- D'accord, alors imaginez que le Groupe W se trouve en possession de ce microfilm? Je suppose que vos ex collègues de la CIA voudraient bien le récupérer?"
Charles eut un mince sourire aux lèvres.
"Effectivement monsieur Winch. Mais pour ça, la CIA n'a pas besoin de votre consentement. Vous n'avez plus rien à faire ici... Allez-vous en."
Charles les reconduisit à la porte et l'ouvrit bien grand pour qu'ils s'en aillent rapidement. Au moment où Joy franchissait la porte, son père la retint par la main.
"Ce n'est pas la peine de revenir un jour ici, petite fille. Tu n'es pas la bienvenue." Lui asséna-t-il cruellement.
Puis il claqua la porte derrière elle. Joy resta un long moment immobile, sur le perron, le regard perdu dans le vague. Largo, face à elle, ne savait pas quoi faire pour la soulager de cet horrible entretien avec son père.
"Joy...
- SK 673.
- Pardon?"
Joy montra un petit bout de papier qu'elle tenait dans sa main, marqué SK 673.
"Il m'a donné ça. C'est un code de la CIA. Arme bio-chimique utilisant le séquençage du génome humain. Des armes qui permettent d'éliminer une partie d'une population contenant certains gènes communs. Génocide express. C'est ça que contient le microfilm."
Largo resta bouche bée, encaissant du mieux qu'il pouvait cette information.
"Le gouvernement chinois ne doit pas récupérer ce microfilm.
- Aucun gouvernement, Largo."
Joy poussa alors un profond soupir et descendit les marches du perron pour se diriger vers la voiture. Largo la suivit et arrêta son mouvement quand elle voulut refermer la portière après s'être installée au volant.
"Joy... Pour ton père...
- Ne dis rien.
- Je... Je suis désolé de t'avoir forcée à le revoir, mais...
- Je sais. Ne t'en fais pas pour moi. Ca fait longtemps que je n'attends plus rien de lui. Monte dans la voiture, maintenant. On s'en va."
Largo hésita et fit ce qu'elle lui disait. Tandis qu'elle démarrait la BMW et que Largo mettait sa ceinture, il l'observait à la dérobée. Et il regrettait de ne pas pouvoir la prendre dans ses bras, de ne pas pouvoir la serrer contre lui pour la consoler. Il regrettait de n'être que son patron.

Hôtel Wilshire
New York

Simon et Lula arrivèrent sans encombre au Wilshire Hotel où Lula s'était installée sous la fausse identité de Bérénice Finster-Watterton. En arrivant dans sa chambre, elle put constater que les Chinois n'y étaient pas encore passés puisqu'elle était en bon ordre.
"A l'heure qu'il est, ils doivent avoir découvert la supercherie. Ils seront sans doute bientôt en route..." déclara-t-elle.
Elle regarda Simon, guettant une réaction, mais le jeune homme continuait à faire la tête. Elle soupira, un peu découragée. De tout leur trajet depuis le Groupe W, il ne lui avait pas dit un seul mot.
"La tiare est là-bas..." expliqua-t-elle en se dirigeant vers la salle de bain.
Simon l'y suivit, sans rien dire. Elle s'agenouilla et donna deux petits coups sur l'une des parcelles de carrelage en bordure de la baignoire. La petite plaque bleue pâle se détacha et Lula acheva de la retirer avec précaution. Derrière la plaque se dissimulait un petit trou, étroit, mais suffisamment spacieux pour contenir la petite tiare. Celle-ci, entourée d'un chiffon marron, était intacte. Lula la montra à Simon, comme signe de sa bonne foi.
"Bon, traînons pas ici..." dit-il simplement.
Après avoir récupéré son sac de voyage, Lula rejoignit Simon dans le couloir. Ils se dirigèrent en silence dans l'ascenseur et Simon appuya sur le bouton du rez-de-chaussée. Après quelques secondes d'un silence pesant, Lula décida de crever l'abcès.
"Simon, ça ne peut plus durer... Tu ne vas pas me faire la tête indéfiniment?
- Et pourquoi pas?
- C'est trop stupide! Ce qu'on a vécu était génial, et si tu voulais bien continuer nous...
- Ah non! Hors de question! S'emporta-t-il. Qu'est-ce que tu crois? Tu m'as menti! Tu ne sais faire que ça...
- Je sais... Et j'en suis désolée... Mais si tu voulais bien me pardonner Simon, on pourrait tout recommencer à zéro... fit-elle d'un air suppliant.
- Et là? Qu'est-ce qui me prouve que tu ne mens pas encore? Je regrette Lula, mais en ce qui me concerne, il n'y a plus rien à reconstruire. On t'aide à sauver ta petite sœur et puis après on s'en va, chacun de son côté. C'est mieux comme ça."
Lula hocha la tête et détourna les yeux, pour qu'il ne voie pas les larmes qui lui montaient au visage. Simon, toujours sous l'emprise de la colère, parut déstabilisé par sa réaction et il se sentit soudain coupable. Il soupira.
"Je suis désolé Lula, mais c'est toi qui as menti. Si tu m'en avais parlé, je t'aurais aidée, je suis pas le genre de type qui laisse tomber ceux qui ont des problèmes... Tu n'as pas eu confiance en moi..."
Il se tut une seconde.
"C'est dommage."
L'ascenseur arriva alors au rez-de-chaussée. Tandis que Lula rendait ses clés au gérant de l'Hôtel, Simon, mains dans les poches, tentait de calmer sa nervosité en tournant en rond devant l'entrée du Palace. C'est alors qu'il vit une voiture se garer près de l'entrée. Trois hommes de type asiatique se trouvaient à l'intérieur. Aussitôt, il fit signe à Lula, qui le rejoignait, de se cacher. A l'abri derrière une des colonnes du luxueux hall du Wilshire, ils les observèrent attentivement.
"Merde... C'est Fung Chow... Le grand type et celui aux cheveux rouges, ce sont ses hommes de main...
- On est mal barrés..."
Fung Chow et le plus grand de ses hommes de main entrèrent au Wilshire, tandis que le troisième restait en pose près de la voiture. Simon et Lula se firent tout petits quand les deux hommes passèrent près d'eux, puis, ils sortirent précipitamment tandis que Fung Chow demandait au gérant la chambre de Lula. En se ruant à l'extérieur, ils tombèrent nez à nez avec le Chinois aux cheveux rouge que Lula assomma avec force et dextérité, alors que Simon se jetait dans sa voiture pour la démarrer.
"Quelle force! S'exclama-t-il après qu'elle ait mis KO le type.
- T'oublies que je suis agent secret?" Fit-elle en sautant dans la décapotable du suisse.
A peine atterrie dans la voiture, elle entendit des cris en chinois. C'était Fung Chow et son acolyte qui, ayant appris le départ de Lula par le gérant de l'hôtel, s'étaient précipités à l'extérieur et les avaient vus sur le point de s'enfuir. Simon démarra et appuya sur le champignon tandis que les tueurs tentaient de les avoir en leur tirant dessus. Mais Simon et Lula, heureusement pour eux, furent les plus rapides, et, pendant que leurs ennemis démarraient à leur tour leur voiture, ils parvinrent à les distancier suffisamment, le temps de s'enfuir.


Groupe W, bunker
12h24

Quand Largo et Joy arrivèrent au Groupe W, après leur brève incursion chez Charles Arden, ils découvrirent Kerensky au beau milieu d'une délicate opération consistant à retirer le microfilm d'un faux diamant de la tiare, sous lequel il était planqué. Dérangé par l'arrivée bruyante de son patron et de sa garde du corps, il émit un grognement peu amical.
"Si quelqu'un bouge ou dit un mot de trop, je le tue... Il ne faudrait pas que j'abîme cette merveille...
- Tu parles du microfilm ou de la tiare? Demanda Simon.
- Les deux. La ferme."
Largo et Joy s'installèrent en silence aux côtés de Simon et Lula et observèrent Kerensky. Au bout de quelques minutes, celui-ci, un sourire satisfait aux lèvres, brandit avec fierté le microfilm entre les deux pattes de sa pince.
"Et voilà le travail!
- Excellent boulot Georgi... fit Largo en s'approchant pour regarder le film tandis que Joy s'occupait de ranger la tiare dans un coffre-fort.
- Et maintenant? On fait quoi? Demanda Simon.
- On prie pour que personne ne tombe jamais sur ce truc... intervint Joy. D'après mon père, les informations contenues dans ce microfilm pourraient fabriquer un nouveau prototype d'arme bio-chimique utilisant le séquençage du génome humain. C'est bien trop dangereux pour qu'on le laisse entre les mains de gens mal intentionnés. D'ailleurs, c'est trop dangereux pour qu'on le laisse même entre les mains de gens bien intentionnés.
- Je vois... marmonna Simon. Et on fait quoi pour la petite sœur de Lula?"
Joy eut un regard embarrassé.
"On ne peut pas négocier avec les Chinois. C'est trop dangereux.
- Je suis d'accord." Approuva Kerensky.
Largo leur lança un regard surpris.
"Tout arrive... commenta-t-il. Mais Simon a raison, on ne peut pas abandonner Valene.
- Hey! Mais qu'est-ce qui vous prend? Quand ma sœur Vanessa a eu des problèmes, on n'a pas hésité une seule seconde à intervenir pour l'aider! Protesta Simon.
- Moi si! Fit Joy.
- Oui, moi aussi... rajouta Kerensky.
- D'accord deux fois dans la même journée? S'étonna Largo.
- Ouais, ben on s'en passera cette fois-ci! S'emporta Simon.
- C'est mon affaire!" Déclara soudain Lula.
Elle avança d'un pas et prit part à la conversation.
"Je vous ai déjà causé suffisamment d'ennuis. Je me débrouillerai toute seule."
Joy esquissa un sourire.
"Ouais, à d'autres! Si c'est toi qui t'en charge, ta sœur est mal barrée! Sourit Joy. On va le faire Lula, t'emballe pas. Mais il est hors de question d'utiliser ce microfilm. Il faut le détruire, et tout de suite.
- Mais les Chinois ne sont pas censé savoir que nous sommes assez stupides pour détruire cette chose qui pour eux a une valeur inestimable... poursuivit Kerensky.
- Donc on a toutes nos chances... conclut Largo. On va bluffer."

Appartement de Simon
14h11

Simon entra dans son appartement, espérant y trouver Lula. Il l'y découvrit, installée sur son canapé, prostrée et songeuse, ruminant ses idées noires. Il se sentit terriblement triste de la voir si malheureuse et décida de mettre de côté sa colère et sa foutue fierté pour aller la rassurer du mieux qu'il le pouvait. Il s'approcha à pas de loup et s'immobilisa, ne sachant par où commencer.
"Tu sais... bredouilla-t-il. Avec Largo et les autres, on sait ce qu'on fait... Et on a connu des situations bien plus délicates alors... Ne t'en fais pas trop pour Valene, on fera ce qu'il faudra.
- Je sais... J'ai confiance en vous... Et je connais bien Joy, c'est une sacrée pro... Mais, j'ai peur... Je ne peux pas m'en empêcher: Val est ma seule famille.
- Oui, je sais ce que c'est... C'était pareil pour Vanessa et moi... J'ai loupé pas mal de trucs avec elle. J'aurais dû m'occuper de son éducation mais j'ai fait de la prison... Elle s'est retrouvée livrée à elle-même.
- Au moins personne ne lui a fait de mal pour t'atteindre."
Un grand voile de tristesse envahit alors le regard de Lula et Simon craqua littéralement. Il s'approcha d'elle et s'assit pour la prendre dans ses bras. Elle se laissa aller et pleura dans ses bras en silence, réconfortée par la présence chaleureuse de Simon.
"Je regrette tu sais... fit-elle après un moment, en essuyant ses larmes du bout des doigts. Je voulais pas te faire de mal, mais je ne sais faire que ça... Je fais toujours du mal aux autres, je porte la poisse... Je suis pas une fille très bien..."
Simon passa sa main dans ses cheveux et lui caressa délicatement le visage. Il lui souriait tranquillement.
"Oh si... Tu es une fille bien...
- Mais je t'ai menti...
- Bah... soupira-t-il en haussant les épaules. Moi aussi je t'ai menti, lors de notre premier dîner. Je t'ai dit que j'avais un lien de parenté avec Al Pacino mais en fait c'était pas vrai."
Lula ne put s'empêcher d'éclater de rire, ce qui fit énormément plaisir à Simon.
"Voilà... C'est beaucoup mieux avec le sourire... dit-il doucement.
- Tu... hésita-t-elle. Tu me pardonnes alors?
- Bien sûr que je te pardonne... Moi, des erreurs, j'en fais tout le temps... Et puis, il faut être tolérant dans la vie. Tu mérites une seconde chance..."
Lula lui fit son plus beau sourire et se pencha doucement pour l'embrasser. Il la laissa faire et répondit bientôt passionnément à ses étreintes.
A ce moment, Joy arriva en catastrophe dans l'appartement de Simon et surprit le couple en plein pelotage. Elle eut un petit sourire.
"Euh... Désolée pour le dérangement... s'amusa-t-elle.
- Qu'y a-t-il?
- Fung Chow a appelé. Il nous a donné rendez-vous pour échanger Valene contre le microfilm."
Lula regarda Simon.
"Bien... Quand faut y aller...
- Ne t'en fais pas... lui sourit-il tendrement. Tout se passera bien. On va te la ramener en bonne santé ta sœur...
- Merci Simon."
Le jeune suisse embrassa à nouveau très tendrement sa dulcinée et Joy dut se racler la gorge bruyamment pour attirer leur attention.
"Dites, les gars, c'est pas du tout le moment, alors les roulages de pelle, vous les réservez pour plus tard. On s'active!"
Lula éclata de rire et elle et Simon se décidèrent enfin à suivre Joy.


Mercleton Park, Virginie
18h

Quand Largo, Joy, Simon et Lula arrivèrent au lieu de rendez-vous décidé par Fung Chow des services secrets chinois, ils purent constater qu'il se trouvait déjà là avec trois de ses hommes de main. Joy stoppa la voiture et tous les quatre en descendirent sans geste brusque. Aussitôt, les hommes de main de Chow les braquèrent à l'aide de leurs revolvers et pour faire la balance, ils les imitèrent. Les huit professionnels, armés jusqu'aux dents, se défiaient du regard, guettant une faille chez l'ennemi. Chow rompit en premier le silence.
"Vous avez le microfilm?
- Bien sûr. Où est ma soeur?" fit Lula.
Chow fit un signe à l'un de ses hommes qui ouvrit la portière de leur voiture aux vitres teintées et en revint avec Valene, qu'il tenait fermement contre lui, arme au poing.
"Lula! L'appela Valene, d'un air effrayé.
- T'en fais pas, Val tout va bien."
Lula fouilla dans sa poche et en retira un microfilm, qui était un faux, bien sûr, puisque Georgi et Joy avaient déjà détruit l'original. Elle le désigna à Chow.
"Voilà ce qu'on va faire, Chow. Nous allons tous les deux avancer l'un vers l'autre en même temps, moi avec le film, vous avec ma sœur? Pigé?"
Chow acquiesça et saisit par le bras Valene. Tous deux s'approchèrent lentement, et simultanément avec Lula. De leur côté, Largo, Joy et Simon, leurs armes braquées vers tout ce petit monde, observaient le déroulement de l'opération, tendus.
Une fois arrivée en face de Chow, Lula stoppa et parut se détendre. Elle tendit vers le Chinois sa main contenant le film. Il le saisit d'une main tandis qu'il lâchait Valene. Il eut un petit sourire.
"Je suis très content que nous ayons trouvé un terrain d'entente, mademoiselle Buleau. Cela dit, je vais être obligé à présent de vous tuer."
Lula étouffa un rire.
"A quatre contre quatre? Tout ce que vous réussirez à faire, c'est nous entretuer.
- Je ne parierai pas là dessus..." sourit Chow, un sourire sadique aux lèvres.
Il cria alors une instruction en chinois et aussitôt, quatre hommes armés de M-16 surgirent de la voiture aux vitres teintées. Lula écarquilla les yeux tandis que Simon étouffait un juron.
"Merde!
- Joy? S'écria Largo, demandant une analyse de la situation.
- Ils sont trop nombreux Largo, on est mal barrés!"
C'est alors qu'un van déboula en trombe dans le parc, freinant bruyamment près de la voiture des agents secrets chinois. Joy reconnut aussitôt l'accréditation de la plaque d'immatriculation du véhicule.
"A terre!" Hurla-t-elle.
Ses compagnons obéirent instinctivement alors que plusieurs hommes surarmés descendaient en catastrophe du van et commençaient à canarder les Chinois. Une fusillade éclata et Lula prit aussitôt sa sœur par le bras pour la mettre à couvert derrière un arbre, mais ce faisant, elle fut touchée par une balle que Chow lui destinait.
"Lula!" Cria Simon en se précipitant vers elle.
Joy et Largo, de leurs côtés, s'étaient mis à couvert près de leur voiture et participaient à la fusillade.
"Joy! Eclata Largo. C'est qui ces types?" Demanda-t-il en désignant les hommes du van venus les aider.
- CIA!
- Comment ils sont au courant?
- Sûrement Clay, ma source... Ou mon père!"
Une balle siffla près de l'oreille de Largo et il dut se réabriter et se concentrer sur la fusillade. De son côté, Simon tentait désespérément de joindre un hôpital pour qu'on envoie une ambulance à Lula, qui perdait beaucoup de sang. A ses côtés, sa petite sœur, une adolescente d'environ seize ans, pleurait et la serrait contre elle. Simon mit sa main dans ses cheveux pour la rassurer.
"T'en fais pas Val, on va venir la soigner... Bon sang Lula, accroche-toi!" Cria-t-il alors qu'enfin il obtenait une connexion avec un hôpital.
Pendant ce temps, la fusillade se calmait. Largo et Joy, qui n'avaient presque plus de munitions, tiraient à doses homéopathiques. Plusieurs des hommes de main de Chow avaient été abattus, ainsi qu'un agent de la CIA. Voyant que la partie était mal barrée, Chow et deux de ses hommes encore debout, sautèrent dans leur voiture pour s'enfuir. Mais c'était sans compter sur l'intervention de la CIA qui leur tirèrent dans les pneus. Acculés, Chow et ses hommes furent obligés de se rendre.
A la fin de la fusillade, Largo rejoignit Simon pour l'aider à s'occuper de Valene et de Lula, tandis que Joy s'approchait de ses ex collègues de la CIA. Un éclair de rage traversa ses yeux alors qu'elle reconnaissait Clay.
"Espèce de petite fouine! Grogna-t-elle. Je croyais que nos conversations restaient entre nous.
- Ne vas pas te plaindre, Joy. Si on n'était pas arrivé, tes petits copains et toi étiez en mauvaise posture..."
Joy dut admettre qu'il avait raison et ravala sa colère.
"Merci quand même! Se força-t-elle à dire.
- Mais il n'y a pas de quoi!"
Un autre agent vint alors voir Clay pour lui remettre le microfilm retrouvé sur Chow.
"Et ça, ça nous revient de droit! La nargua-t-il.
- Je croyais que tu ne savais rien sur la valeur de ce microfilm? Demanda Joy.
- Et je ne t'ai pas menti. Ce n'est pas moi qui suis à la tête de cette opération.
- Mais qui alors?"
A ce moment, Charles Arden, en personne, descendit du van de la CIA, fixant sa fille avec hauteur.
"Moi! Répondit-il. Je t'ai fait suivre quand j'ai appris que tu avais le film."
Joy étouffa un grondement. Elle n'était même pas surprise.
"Je croyais que tu avais pris ta retraite?"
Charles la gratifia à peine d'un regard.
"Mêle-toi de tes affaires, petite fille!"
Charles s'en alla alors, suivi par Clay et les hommes de la CIA, qui débarrassaient les lieux, avec leurs prisonniers. Joy haussa les épaules, se disant que de toute façon son père avait récupéré un faux microfilm et que s'il voulait retrouver le vrai, trop tard, elle l'avait détruit. Elle rejoignit alors ses amis, réunis autour de Lula.
"Comment va-t-elle? Demanda-t-elle à Largo.
- Elle perd pas mal de sang... L'ambulance va arriver d'ici cinq minutes..." expliqua-t-il brièvement.
Simon, lui, serrait contre lui Lula, le regard paniqué. Elle avait vraiment l'air très faible.
"Simon... murmura-t-elle.
- Ne dis rien... Garde tes forces... Tout va bien se passer... Tu verras... hachura-t-il, la voix tremblante.
- S'il te plaît, Simon, prend soin... De Val... S'il te plaît... hoqueta-t-elle.
- Ne t'en fais pas Lula, allez, courage, nous lâche pas, hein?"
Elle esquissa un sourire.
"Promis..." murmura-t-elle avant de sombrer dans l'inconscience, épuisée.


Hôpital Saint-Francis, Virginie
20h31

Valene, assise sur un banc dans la salle d'attente de l'hôpital, tremblotait, encore choquée par tout ce qu'il lui était arrivé. D'après son état, elle souffrait de malnutrition et elle avait probablement été battue par ses ravisseurs. Un médecin, debout près d'elle, attendait que Simon ait fini de la rassurer pour l'emmener passer des examens.
"J'ai peur... disait la jeune fille.
- Ecoute Val, tu es malade, tu dois laisser les médecins te soigner. Lula n'a pas fait tout ça pour rien, non? Il faut que tu sois en forme à son réveil, d'accord?
- Mais elle va mal! Protesta Val en pleurant.
- Valene, tu es juste à côté. Dès que j'ai des nouvelles de son opération je viens te chercher, je te le promets. Alors, fais-moi confiance et laisse le docteur t'examiner? OK?"
La sœur de Lula acquiesça faiblement, retenant ses larmes, et se leva pour suivre le médecin. Puis le Suisse se laissa tomber sur le même banc pour attendre des nouvelles de sa Lula. Largo le rejoignit, un café à la main.
"Tu en veux? Proposa-t-il.
- Non, je ne peux rien avaler... articula difficilement Simon.
- Oui, je comprends... soupira Largo. J'étais comme ça quand il fallait attendre dans ce foutu hôpital de Montréal, pour Joy."
Simon leva un regard vers son ami.
"Je suis sûr que Lula est aussi forte que Joy. Elle s'en sortira... poursuivit Largo.
- Merci."
A ce moment, Joy, qui guettait la sortie du bloc opératoire, alerta Simon.
"Hey! Le Docteur Vespano est sorti!" S'exclama-t-elle.
Largo et Simon se levèrent aussitôt pour aller à la rencontre du médecin. Celui-ci affichait un air serein et un sourire tranquille. L'espoir submergea Simon.
"Vous êtes de la famille de mademoiselle Buleau?
- Des amis proches! Répondit Simon.
- Bien, j'ai le plaisir de vous annoncer que l'opération s'est bien déroulée, la balle a été extraite. Elle a perdu beaucoup de sang et on a failli la perdre, mais elle a été transfusée et son état s'est stabilisé. Ses jours ne sont plus en danger à présent.
- On peut la voir? S'enquit avidement Simon.
- Non, elle a besoin de repos, sa convalescence sera longue et il faudra qu'elle prenne des vacances forcées pendant un certain temps. Repassez demain, pour les visites, elle aura repris des forces.
- Merci! Merci de tout cœur docteur!" S'écria Simon, fou de joie.
Le médecin hocha la tête et les laissa savourer leur joie.

Monte-Carlo, manoir du Comte de Nibourg
Deux semaines plus tard

"Alors Vanessa? Quand est-ce que je deviens Tonton, moi?" Eclata Simon avec bonne humeur, confortablement installé dans un fauteuil sur la véranda.
Après deux semaines de convalescence à l'hôpital, Lula avait enfin pu sortir et Simon avait décidé de l'emmener en vacances à Monte-Carlo, chez sa sœur et son cher beau-frère, le Comte Henri de Nibourg. Largo les accompagnait, s'étant libéré pour quelques jours, car il avait été débordé de travail par la signature de la cession d'exploitation du gisement de pétrole d'Alain Patrick Tsengué Tsengué au Gabon, dès que le Groupe W avait remis la tiare de Sorraya au Musée National Gabonais.
"Je te promets Simon, que tu seras le premier au courant, dès qu'un petit sera en route! Sourit Vanessa.
- Où est Henri? Demanda Joy, qui naturellement avait dû venir pour assurer la sécurité de Largo (mouais... Bonne excuse pour prendre des vacances...).
- Il travaille d'arrache-pied! Il va ouvrir un nouveau casino d'ici quelques semaines. Mais parlez-moi de vous plutôt... Que se passe-t-il de beau au Groupe W? Attentats? Conspirations? Machinations politico-financières?
- Quoi? Mon Groupe a une si mauvaise réputation? Protesta Largo.
- Encore pire que ça! Acquiesça Joy.
- Bon, passons aux choses sérieuses, déclara Vanessa. Largo, Simon, laissez-nous. Joy et moi devons interroger et harceler Lula pour tout savoir d'elle!
- Me harceler? S'exclama Lula, mimant l'angoisse.
- Qu'est-ce que tu crois? On doit surveiller les fréquentations de mon petit frère!
- Simon ne sait pas s'occuper de lui tout seul. Il a besoin d'une maman... ajouta Joy.
- Pour ça, tu dois passer des tests!"
Simon éclata de rire et embrassa Lula avant de se lever, imité par Largo.
"Bon, je te laisse aux mains des Furies, Lula! Dommage, je t'aimais, tu sais! Plaisanta-t-il.
- Quoi? Elles sont si terribles? Reprit Lula.
- Tu n'as pas idée à quel point! Dit Simon.
- Bon, ravi de t'avoir rencontré Lula... dit Largo. Il y a un truc en particulier que tu voudrais voir marqué sur ta pierre tombale? Une dernière volonté?
- Ah! Ah! Ah! Je suis morte de rire... fit Lula.
- N'aie pas peur... On ne te fera aucun mal, va!" Conclut Vanessa en riant.
Laissant Joy et Vanessa parler de ces trucs de femmes avec Lula, Largo et Simon se baladèrent dans le parc de l'immense propriété des Nibourg. Les deux vieux complices parlaient de tout et de rien.
"Alors? Ca marche super bien entre toi et Lula, on dirait? Sourit Largo.
- Oui, elle a décidé de s'installer à New York, avec sa petite sœur, Valene. J'adore cette gamine! Elle me fait penser à Vanessa à son âge!
- Quoi? Une tornade à ce point? Je l'ai trouvée plutôt calme quand je l'ai vue...
- Ca, c'est parce qu'elle a été éblouie par ta condition de milliardaire... se moqua Simon. Je crois que la petite a le béguin pour toi...
- Sans rire?
- Je t'ai à l'œil, Largo! C'est une mineure!
- Pour qui tu me prends? Fit semblant de s'offusquer le jeune milliardaire.
- Sait-on jamais avec toi... Tu les collectionne les filles, en ce moment... Plus de Sonia?
- Plus de Sonia. Et ne me fixe pas avec ton petit air moqueur! Il n'y a pas si longtemps, c'était toi qui changeais de copines comme de chemises!
- D'accord, d'accord, je dis rien!"
Simon réfléchit une minute, l'air ailleurs.
"Je suis heureux d'avoir trouvé Lula, tu sais... Je me sens bien...
- Ce n'est pas une raison pour narguer les copains!
- Tu sais quoi, Larg'? Tu devrais former un club avec Kerensky "Célibat et Ordinateurs!"
- Simon!
- Ou alors tu passes une annonce matrimoniale "milliardaire cherche jeune femme, jolie, intelligente. Gardes du corps bienvenues!
- Simon!" Protesta une dernière fois Largo sous les éclats de rires de son meilleur ami.

FIN